CRIMES

Le conseiller de paroisse qui tuait ses voisins a été arrêté après plus de trente ans d'enquête

Vendredi dernier à Wichita, au Kansas, la police a fini par confondre Dennis Rader. Cet homme, intégré à son milieu social, se faisait appeler BTK (acronyme anglais pour «ligoter, torturer, tuer») et sera inculpé de dix assassinats commis entre 1974 et 1991.

Le conseil de la paroisse luthérienne de Park City a tenu samedi une réunion pénible, sans Dennis Rader, son président. Cet homme de 59 ans, calvitie avancée et moustache sévère, était depuis la veille, vendredi, dans la prison du comté, sous l'accusation la plus effrayante: BTK. Rader sera inculpé de dix assassinats commis entre 1974 et 1991 sous cette signature qu'il avait choisie: Bind them, Torture them, Kill them (les ligoter, les torturer, les tuer).

Depuis 31 ans, Wichita, dans le sud du Kansas, dont Park City est la banlieue nord, vivait dans la hantise de BTK, qui s'était à nouveau manifesté depuis mars dernier, sans tuer, mais comme s'il voulait se faire arrêter. Si c'est ce qu'il cherchait, sa fille – une adulte aujourd'hui – l'a aidé. Elle a accepté de fournir un échantillon de sa salive, pour un test ADN. Les enquêteurs possédaient des traces du sperme de son père, qui se masturbait sur ses victimes étranglées.

Depuis le temps qu'ils parlaient du tueur, les habitants de Park City se disaient sans vraiment y croire que BTK vivait peut-être à côté de chez eux. Maintenant qu'ils le savent, ils ont la même exclamation qu'on entend après chacun de ces spasmes violents et fous (pas si fréquents) dans les banlieues américaines: comment est-ce possible? Il n'y a bien sûr pas de réponse.

Dennis Rader était en fait un peu le voisin de tout le monde. Employé municipal, il était chargé de faire respecter les règlements sur l'ordre public. Dans son véhicule, il sillonnait Park City pour veiller à ce que les sacs d'ordures soient correctement entreposés, les gazons coupés, et il réprimandait les propriétaires qui avaient autour de leur maison des installations non conformes. Dans ce travail, c'était un mauvais coucheur, disent maintenant les voisins. Il lui arrivait de prendre des photos dans les cours arrière de ces modestes habitations de banlieue. Rader était un peu bizarre, mais il était aussi un paroissien actif, naguère chef d'une troupe de scouts.

Le premier crime fut le plus sauvage de tous. Le 15 janvier 1974, Joseph Otero, un vétéran de l'Air Force (Dennis Rader a aussi servi dans cette arme) était retrouvé étranglé chez lui avec sa femme et deux de leurs enfants, 11 et 9 ans. Ensuite, trois jeunes femmes ont été assassinées dans leur maison, l'une poignardée, les deux autres étranglées lentement après avoir été ligotées. Très vite, des lettres de BTK sont arrivées à la rédaction du Wichita-Eagle, puis d'une télévision locale, à la police aussi. Le tueur revendiquait ses crimes, les commentaient par des poèmes. Dans l'enveloppe, il y avait aussi des preuves: des photos des corps, des objets, un permis de conduire, etc.

En 1977, BTK a même appelé le 911 – le numéro des urgences aux Etats-Unis – pour revendiquer son dernier crime. Sa voix a été enregistrée, et diffusée deux ans plus tard au cours d'une émission de TV et de radio. Les informations que les enquêteurs ont alors recueillies n'ont abouti à rien. Et l'assassin n'a plus donné signe de vie, jusqu'à l'an passé.

En mars, le Wichita-Eagle a reçu une nouvelle lettre, revendiquant le meurtre d'une femmes de 53 ans commis neuf ans plutôt. Marine Hedge avait été enlevée chez elle, son corps avait été retrouvé à la périphérie de Park City, huit jours plus tard, sur un chemin de campagne, étranglé. Sa maison était à quelques pas de celle où Dennis Rader vivait avec sa femme, vendeuse dans un magasin du quartier. Delores Davis, 62 ans, a subi en 1991 le même sort que Marine Hedge.

Après la lettre de mars au quotidien local, les envois se sont multipliés. Une carte postale de BTK, le mois dernier, indiquait aux enquêteurs l'endroit où ils retrouveraient des bijoux d'une de ses dernières victimes, contenus dans un boîte de céréales. Comme adresse d'expéditeur, le tueur avait donné celle de ses premières victimes, les Otero.

Richard LaMunyon, l'ancien chef de la police de Wichita qui avait conduit l'enquête dans les années 70, était convaincu samedi que BTK «voulait raconter son histoire. Il donnait assez d'informations pour que ça finisse par arriver». A la fin de l'an passé, après avoir été narguée pendant trente ans, la police a lancé une grande opération de recueil d'informations, et une campagne de don volontaire d'ADN. Des milliers d'habitants ont accepté de se soumettre au test. Dennis Rader n'a sans doute pas participé à cette récolte, puisque l'ADN qui l'a confondu vient de sa fille. Mais il était déjà suspect. Les enquêteurs attendaient pour l'arrêter d'être sûr de ne pas commettre une nouvelle erreur. En 1974, ils avaient arrêté un jeune suspect, et ils l'avaient si bien interrogé que l'homme avait avoué le quadruple meurtre des Otero. Avant d'être innocenté.

Vendredi, peu après midi, la voiture de Rader a été interceptée à un feu, près de chez lui. Il a été emmené pour un ultime test, pendant qu'une perquisition avait lieu dans sa maison. Les policiers sont repartis avec un ordinateur. Le lendemain, des milliers d'habitants de Wichita, et tous les élus locaux, étaient rassemblés devant l'hôtel de ville pour entendre l'annonce de la capture de BTK. La femme du pasteur luthérien de Park City a dit que ça valait mieux pour tout le monde.

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