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Discourir et débattre, le sénateur PLR Raphaël Comte en raffole également. «Heureusement, s’exclame-t-il. C’est le pain quotidien d’un politicien!»
© Alessandro della Valle/Keystone

Secrets de rhétorique

Convaincre par l’art oratoire, le pain quotidien des élus

Le cliché veut que les Romands soient de piètres parleurs. Les politiciens, dont le métier est de persuader par la parole, sont un bon terrain pour vérifier si ce poncif tient

Parler en public, ne pas bafouiller, convaincre son auditoire: du 9 au 13 juillet, «Le Temps» explore les arcanes de l'art oratoire et de la rhétorique.

Episode précédent: L'éloquence? Une affaire de corps

«En France, assure le sénateur neuchâtelois Raphaël Comte, même le maire d’un modeste village parle mieux que la moyenne des élus suisses.» Le complexe de l’orateur romand est posé: en Suisse, on ne saurait pas s’exprimer aussi élégamment que dans l’empire de la parole qu’est la France. «Etre bon rhéteur ne fait pas tout, corrige Laurent Wehrli, conseiller national PLR et syndic de Montreux. Le but d’un discours éloquent n’est pas de citer des auteurs grecs mais d’être compris. Cela passe par beaucoup de respect et une grande attention pour son auditoire.»

Le politicien suisse éloquent sait se faire comprendre de ses publics, qui peuvent être nombreux. «Remercier 100 pompiers qui se tiennent devant vous, puis relater leur intervention en conférence de presse, c’est tenir deux discours totalement différents», dit Laurent Wehrli. Avant de prendre la parole, il est d’ailleurs recommandé de savoir qui sont les membres de l’association qui invite l’orateur, comment est composé son comité, qui le préside.

Des règles qui corsètent

Le pragmatisme, ce trait de caractère si helvétique, se retrouverait donc jusque dans les efforts oratoires de ses élus. Cela impose des règles qui corsètent les élans. «A mes débuts, raconte Lisa Mazzone, conseillère nationale verte, je m’appliquais à faire des phrases travaillées, riches de propos profonds. L’objectif restant d’être comprise, j’ai appris à m’exprimer en renonçant à certains arguments et en faisant des phrases courtes. C’est parfois frustrant.»

En campagne, je sélectionne une dizaine d’arguments et quelques phrases qui vont marquer les esprits. Je choisis lesquels j’emploie selon mon auditoire

Raphaël Comte

Comme chez le boucher, un discours, ça se pèse avant d’être prononcé. La mesure est précise. «Sachant qu’une page A4 représente cinq minutes de parole, le message que je veux délivrer doit arriver vite», soutient Laurent Wehrli. Composer le texte phrase par phrase se révèle parfois inutile. «Lorsque je maîtrise bien le sujet, je me contente de la trame argumentaire. Cela me permet de me détacher du texte et d’adresser des regards pendant que je parle», dit Lisa Mazzone, qui use d’un autre truc sur les plateaux de télévision ou à la radio: poser ses mains sur un appui physique pour se sentir en confiance.

Paradoxalement, ces astuces ont un but: aider à être authentique. «Il faut être convaincu de ce qu’on dit, insiste Robert Cramer, conseiller aux Etats genevois. Etre réfléchi et personnel. Un discours improvisé doit avoir été répété plusieurs fois dans sa tête. Trouver sa propre musique nécessite du temps.»

Les modèles de l’apprenti éloquent

Aimer convaincre par la parole, cela peut vous prendre tôt dans la vie. «Je prononce des discours depuis l’âge de 16 ans, dit le sénateur vert. J’aime assumer des responsabilités. Les discours, ça vient avec. Ils sont un moyen de faire valoir mes opinions.» «J’ai le goût de la langue française, relance son collègue PLR Raphaël Comte. J’ai écrit étant plus jeune, et jouer avec les mots est resté important pour moi.»

Vers quels modèles se tourner, lorsque l’on est apprenti éloquent, dans un pays où l’on parlerait si mal? «On apprend en écoutant. En politique, il n’y a pas d’école», répond Robert Cramer. «Plus on pratique, plus on se sent à l’aise, dit Lisa Mazzone. Prendre la parole en public est toujours un défi. Il y a de l’adrénaline. J’aime beaucoup cela.»

La Genevoise a relu récemment le discours – «pas totalement satisfaisant» – qu’elle avait tenu à la tribune du Conseil national pour la session d’ouverture, dont elle était la benjamine, en 2015. A la recherche d’une citation pour l’écriture d’un autre texte, elle a relu les mots de Martin Luther King, tenus à l’été 1963, «I have a dream»: «La construction était plus compliquée que je ne le pensais. A l’ère des médias électroniques, nous devons être plus directs.»

Lire aussi: Comme dans un rêve, le message de paix du King

Discourir et débattre, le sénateur PLR Raphaël Comte en raffole également. «Heureusement! s’exclame-t-il. C’est le pain quotidien d’un politicien.» Il voit d’ailleurs dans ce goût du débat une vraie frontière confédérale. Les interventions des Alémaniques au Conseil des Etats tiendraient plus de la dissertation scolaire, avec un exposé des faits, un argumentaire et une conclusion. Punkt Schluss. «Chez les Romands, il y a souvent de l’humour, de l’ironie, c’est plus piquant.»

«Aller chercher les auditeurs», c’est l’idée fixe des élus que nous avons interrogés. «En campagne, je sélectionne une dizaine d’arguments et quelques phrases qui vont marquer les esprits. Je choisis lesquels j’emploie selon mon auditoire. Pour le piquer, j’use volontiers d’un humour pince-sans-rire. J’essaie également de casser les schémas traditionnels, en faisant appel à des références surprenantes. Nicolas Sarkozy était très fort pour cela. Un socialiste qui cite Jean Jaurès, cela n’impressionne personne.» La construction de ces petites cathédrales sur papier est chronophage: une dizaine d’heures de travail pour un bon discours.

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