L'origine du patrimoine viticole du Valais, qui compte 60 cépages différents, est remise en question à cause des progrès de la biologie moléculaire. Jusqu'à présent, des spécialités comme le Cornalin, l'Arvine, le Goron ou la Durize ont toujours été considérées comme des cépages indigènes. Le Cornalin, par exemple, aussi appelé Rouge du Pays, est déjà cité dans un récit de 1313. Mais les derniers tests ADN sur ces spécialités dessinent une autre carte des origines de ces variétés de vigne que l'on croyait typiquement valaisannes.

D'après les recherches du botaniste valaisan José Vouillamoz effectuées à l'Université de Californie à Davis, ce cépage est en fait issu du croisement naturel du Petit Rouge et du Mayolet d'Aoste. «Selon mes calculs, explique le chercheur, il y a une chance sur dix milliards de milliards que cette parenté soit fausse.» Le cépage Goron (aujourd'hui disparu) est, quant à lui, un descendant direct du Cornalin et provient donc également d'un croisement de cépages du Val d'Aoste, tout comme l'Humagne rouge et la Durize.

Dans les vins blancs, le Lafnetscha, cultivé principalement dans le Haut-Valais, a lui aussi toujours été considéré comme un cépage indigène. Or, selon les travaux de José Vouillamoz, il est issu du croisement entre le Completer des Grisons et l'Humagne blanc. «Mais, si l'on pousse les tests un peu plus loin, on se rend compte que le Completer, cépage qui passe pour être indigène du canton des Grisons, vient du Valais.» Récemment, on a trouvé quelques plants de Completer dans une vigne de Lafnetscha dans le Haut-Valais. Ignorant de quelle variété de vigne ils provenaient, les viticulteurs l'ont appelé «Grosse Lafnetscha».