Et si, cette année, c'était sur l'arbre que les abricots étaient les meilleurs? Sur… ou plutôt sous l'arbre: là où l'on peut les détacher de la branche qui les a vus mûrir très vite, parfois trop vite même et où l'on prend le temps de les savourer un œil distrait sur la plaine du Rhône. Un verger pour toute table.

Ces abricots, on peut s'imaginer les déguster au terme d'une auto-cueillette, d'une balade ou encore d'un apéro pris au cœur des coteaux de Nendaz. Moment privilégié, cette halte de fin de journée voit se mêler sous les arbres fromages, pain, viandes, jus de fruits et vins de la région, le tout saupoudré du savoir du maître des lieux. Régis Métrailler a fait de l'abricot l'événement numéro un de sa petite entreprise nommée Nend'abricot, qu'il définit comme «multifonctions». Alors, quand la saison est là, il multiplie les façons d'apprêter son fruit pour le plaisir du palais, mais aussi au nom de sa région, de son canton.

«J'organise ces apéros seulement sur rendez-vous, dès qu'un groupe d'au moins cinq personnes me le demande.» Et il n'y a qu'à demander, car ce producteur débordant de passion adore expliquer pourquoi il a diversifié son verger, à quoi servent les 35 à 40 variétés qui garnissent ses 10 ha de cultures, quelle est la différence entre un Tardif de Tain et un Luizet ou encore pourquoi il a réparti ses arbres à diverses altitudes et sous différents types d'ensoleillement. Il prendra alors cette année pour exemple. «Le gel a soudain sévi ce printemps, explique-t-il en précisant que la récolte 2003 ne sera pas abondante. Ici, le Luizet a souffert entre 600 et 700 mètres d'altitude, pas au-dessus. Quant aux variétés tardives, elles se sont avérées plus résistantes.» Les conditions particulières qui ont suivi, ajoute-t-il, «ont lancé la cueillette le 9 juin, rendant la saison précoce». Au risque de frustrer les vacanciers d'août qui se pointeront en quasi-fin de round. «Si ce climat persiste, on va pouvoir aller planter des arbres au-dessus de 1000 mètres sans grand péril!» lance-t-il à la limite du sérieux. La diversification du verger valaisan (plus de 90% de la production helvétique) a donc allongé la saison de l'abricot, hier limitée au seul cœur de l'été, et diminué les risques pris avec le si fragile – mais si typique – Luizet.

Autre particularité actuelle, poursuit le producteur dans sa description de la récolte en cours, «les fruits sont difficiles à cueillir et à manipuler en raison de la chaleur». Trop mûrs, trop vite. Raison de plus pour aller les déguster sur place! Car, bien que réduite, récolte il y a. Et, comme les autres fruits, les abricots cueillis à maturité regorgent de soleil et de saveurs. Et quand, en plus, on les mange in situ…

L'abricot, Régis Métrailler le vend en saison dans son kiosque le long de la route ou dans le verger en proposant l'auto-cueillette, mais aussi sous différents emballages en hiver au bas des pistes de skis. L'abricot, il le vend aussi en se promenant. Ainsi, tous les jeudis, en collaboration avec l'Office du tourisme de Nendaz, il emmène les amateurs de passage au travers de ses cultures et au long des bisses qui les irriguent. Une balade commentée de 2 à 3 heures riches en saveurs et en savoir. Mais l'abricot sert aussi à vendre tous les produits de la région. Bientôt, raconte-t-il, «nous allons ouvrir un magasin-bistrot de 400 m2 à Haute-Nendaz où l'on ne proposera que des produits du terroir». Un point de vente pour la pérennité des nombreuses activités de ce producteur qui a tout compris de la liaison trop longtemps refoulée entre tourisme et cultures. Il insiste ainsi sur l'importance de la vitrine en aval de la production. Comme le sont aussi depuis peu les marchés en ville de Sion où il arbore notamment les couleurs des cinq communes de sa région réunies dans un projet de développement régional appelé les «Bienfaits de la Printse». Il insiste aussi sur l'importance de la qualité en amont. Et là, il ne peut s'empêcher de faire un petit détour, une petite envolée enflammée pour la sauvegarde du Luizet, cette variété qui, il y a longtemps, s'est si bien acclimatée en Valais, mais qui est aujourd'hui souvent délaissée, victime de sa fragilité, des impératifs de production. Une variété savoureuse, doucement acidulée qui, surtout, sied si bien aux tartes et aux confitures!

Nend'abricot, Régis Métrailler, 1994 Baar-Nendaz, tél. 079/213 62 89 ou nend.abricot@bluewin.ch