Pascal Couchepin a créé la surprise en révélant dans L'Illustré qu'il était atteint d'une anomalie génétique du sang, l'hémochromatose. Les explications de Photis Beris, spécialiste en hématologie à l'Université de Genève.

Le Temps: En quoi consiste l'hémochromatose?

Photis Beris: C'est une maladie génétique héréditaire qui se caractérise par une surcharge de l'organisme en fer. Les personnes atteintes d'hémochromatose absorbent trop de fer, et son élimination ne peut pas être augmentée. Le fer excédentaire est alors stocké dans le foie, le pancréas, le cœur et les organes endocrins. A terme, cette surcharge peut provoquer une cirrhose, une atteinte cardiaque grave, des arthrites ou un diabète. Par extension, la maladie a également été appelée «diabète bronzé», car le fer déposé sur la peau provoque un brunissement de celle-ci.

– Combien de personnes sont-elles concernées en Suisse?

– Entre une personne sur 400 et une personne sur 1000 en Suisse. Cette anomalie génétique, qui touche le chromosome 6, concerne principalement les personnes d'origine celte. On peut considérer que 8 à 10% de cette population-ci est porteuse de cette mutation. Cependant, les individus dits hétérozygotes (porteurs de l'anomalie sur un seul chromosome) sont des porteurs sains, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas susceptibles de développer la maladie. L'hémochromatose ne se manifeste que chez les homozygotes.

– Comment la maladie est-elle diagnostiquée et traitée?

– La maladie est suspectée par l'augmentation du fer sérique et confirmée par l'analyse de l'ADN. Il n'existe pas de dépistage systématique de l'hémochromatose, car l'hétérogénéité de la maladie rendrait toute recherche excessivement onéreuse pour un résultat douteux. Dans la majorité des cas, la maladie se révèle lors de contrôles de routine, comme ce fut le cas pour M. Couchepin. C'est alors l'occasion de faire un dépistage pour les autres membres de la famille. Le traitement consiste essentiellement en saignées, qui permettent l'élimination du fer excédentaire. Les femmes, à travers leurs cycles menstruels, ainsi que les personnes qui donnent régulièrement leur sang, développent la maladie plus tardivement. C'est sans doute pour cela que M. Couchepin, qui est un habitué du don du sang, est en si bonne forme à son âge. Pour autant que le diagnostic se fasse précocement et que le traitement soit suivi régulièrement, le pronostic de la maladie est excellent.