La recette est simple. Prenez un peu de pluie – pas grand-chose, une bruine suffira – et un soleil assez bas sur l'horizon. Tournez le dos à l'astre et regardez l'ondée en face. Ça ne peut pas rater: vous devriez apercevoir un arc-en-ciel. Le rouge à l'extérieur, l'indigo à l'intérieur et, entre deux, toutes les couleurs du spectre qui se fondent les unes dans les autres.

Regardez mieux. Combien y a-t-il de couleurs? Aristote n'y voyait que du rouge, du vert et du violet. Pierre Gassendi (1592-1665) en identifiait deux de plus, le jaune et le bleu. Isaac Newton, enfin, décida qu'il y en avait sept, une partition qui est encore populaire aujourd'hui: rouge, jaune, orange, vert, bleu, indigo et violet. Ce découpage s'inspire de l'harmonie musicale, à laquelle le chercheur anglais était très sensible. Le spectre de la lumière est donc divisé en autant de tons qu'il y a de notes dans la gamme. Le rouge est le plus aigu, le violet le plus grave et l'orange et l'indigo n'occupent chacun qu'un demi ton, tout comme le si et le mi en musique.

La conception moderne du spectre lumineux ne permet plus cette analogie. En termes physiques, l'arc-en-ciel compte une infinité de couleurs. En tout cas toutes celles qui sont contenues dans les rayons du soleil. Ces derniers viennent frapper les goutelettes de pluie que l'on peut considérer comme de minuscules sphères d'eau. Chaque goutte joue le rôle de prisme et de miroir. La lumière blanche est déviée et décomposée lors de son trajet dans l'eau. Elle se réfléchit contre le fond de la sphère et en ressort grosso modo en direction du soleil. Il y a toutefois une accumulation des rayons selon un angle critique de 42° par rapport au rayon incident. C'est exactement sous cet angle que l'on voit toujours l'arc-en-ciel. En fait, chacun voit son propre arc-en-ciel qui n'est jamais exactement le même que celui de son voisin.

Source: «Traité des couleurs», par Libero Zuppiroli, Marie-Noëlle Bussac et Christiane Grimm, Presses polytechniques et universitaires romandes, 380 pages.