Jeudi soir. Ils arrivent un à un à l'Echo Club, une boîte de nuit cachée dans un complexe industriel non loin de l'aéroport de Bâle. Tout d'abord Pascal Meyer, DJ au Club, qui est venu me chercher à la gare. Ensuite son collègue Juan Perez, DJ également. Puis Daniel Grieder, co-propriétaire du Club avec Pascal. Les préparatifs pour la décoration du camion qu'ils ont loué à l'occasion de la Street Parade commencent.

C'est ce soir qu'ils apporteront leur matériel technique auprès du véhicule, qui se trouve toujours en dépôt chez son propriétaire à Zurich. Le camion, ils ne peuvent pas encore y toucher: il a été loué de vendredi après-midi à dimanche midi, pour pas moins de 2500 francs. Fatigués et légèrement nerveux, les trois jeunes sont pourtant ravis. Le grand jour approche. Cela fait trois mois qu'ils travaillent sur ce projet de manière intense, et près d'un an qu'ils ont commencé son élaboration. Mais ils ne sont pas seuls. Une quinzaine d'autres personnes les ont aidés, pour la plupart des membres ou des organisateurs de l'Echo Club. La tension monte. Samedi, ils verront la foule se déhancher du haut de leur engin, au rythme de leur musique. Un moment de joie et d'émotion intense. Plus que l'effort et l'argent, plus que le travail et la fatigue, c'est le délire de ce moment qui compte: «Faire partie de la Street Parade en étant sur une love-mobile, c'est le top», confie Daniel Grieder.

Contrairement à ce que peut laisser croire le côté hédoniste de la Street Parade , le parcours d'un tel projet est difficile et parsemé d'embûches. Assis sur le comptoir, Pascal raconte son histoire. Tout a commencé il y a cinq ans. «C'est la première fois que je me trouvais à la Street Parade, sur l'une des love-mobiles, se rappelle-t-il. J'ai alors dit à mon meilleur ami qu'il faudrait qu'on en fasse une un jour, nous aussi! Impossible d'entamer un tel projet si l'on ne fait pas partie de la scène techno en Suisse. Nous n'aurions eu aucune chance si nous étions allés, en tant que privés, auprès des organisateurs de la Street Parade, sans aucune expérience.»

Daniel Grieder et Pascal vont de l'avant. Ils organisent des parties à Bâle et aux alentours. Au bout de trois ans, la fatigue pointe. Il leur faut un endroit, un Club à eux. Pascal est énergique. Travailler dur pour son propre compte, innover, avoir des projets, c'est sa vie. Son comparse et lui fondent alors l'Echo Club, qui ouvre ses portes en septembre 1999. «Nous voulions faire une love-mobile l'été dernier, explique-t-il, mais ce n'était pas possible à cause du Club. A l'origine, c'était un entrepôt vide et délabré. Il nous aura fallu quatre mois de travail à un rythme de travail infernal pour le rénover.» L'effort porte ses fruits. A vingt-cinq ans, Pascal devient l'un des plus jeunes copropriétaires de club en Suisse. Mais il n'a pas perdu de vue son projet de love-mobile.

Commence alors, en novembre, la recherche de sponsors. Un de ses meilleurs amis travaille en tant que promoteur de la marque Parisienne à Paris. Il lui soumet son projet en mars, détaillé sur une dizaine de pages. Mais la Street Parade zurichoise interdit aux sponsors d'apposer leur publicité directement sur les camions. Il faudra donc amadouer autrement les investisseurs. Pascal ne manque pas d'idées. Sa love-mobile, propose-t-il à Parisienne, portera les couleurs de la marque, le jaune et le noir, elle sera décorée de mille tournesols. Le projet est accepté.

La tournée des sponsors ne fait que commencer. Parisienne et un magasin de cannabis bâlois y vont de 10 000 francs chacun. D'autres contribuent à leur manière, comme Red Stripe, qui leur offre 5000 litres de bière. Non pas pour le camion, mais pour la soirée organisée après. Une manière pour nombre de love-mobilistes d'essayer de rembourser ce qu'ils ont investi à fonds perdus. Car en plus des 20 000 francs qu'une love-mobile coûte à produire, les organisateurs de la Street Parade requièrent une caution de 5000 francs. A verser en cas d'accident, de volume de musique excessif ou de normes de sécurité non observées. Les règles sont claires: le camion ne peut pas faire plus de 30 mètres de long et 4 mètres de haut, la musique ne doit pas dépasser les 100 décibels. «La Street Parade reste rigolote, mais nous avions beaucoup plus de liberté il y a 5 ou 6 ans», songe Daniel Grieder.

Après les sponsors, vient la phase de la réalisation concrète. Le groupe se transforme en organisation pyramidale. Nico Mariani, un ami, est nommé responsable d'organiser la soirée. Daniel, lui, se charge de la love-mobile. Tous deux ont cinq à dix personnes pour les aider. Pascal, lui, coordonne les deux projets. Un casse-tête chinois. Mais petit à petit, le projet prend forme.

Pour leur love-mobile, ils choisissent de la techno et de la house progressive. De fait, Echo Club est spécialisé dans la house. «C'est le seul endroit à Bâle où l'on peut être sûr d'en trouver vendredi et samedi.» Mais étant donné le bruit de la Street Parade, il fallait davantage de son de basses. Résultat: ils optent pour la progressive.

La love-mobile ne manquera pas d'experts pour faire vibrer la foule. A part DJ Pee (pour Pascal), il y aura DJ Willow et DJ Juiceppe (tous deux du Mad à Lausanne), DJ M.J. Madness, DJ Nico et DJ Perez de l'Echo Club et enfin DJ Joy d'Ibiza. Tout un petit monde qu'il faudra ensuite transporter à grande vitesse après la fin du cortège, pour arriver à temps à la soirée organisée de l'autre côté du lac. Car sans DJ, pas de musique. Le Gothic Club, loué pour l'occasion, se trouve près de la Rote Fabrik, à l'opposé de la Pa-rade. En voiture? Trop de trafic. Les DJ prendront le bateau.

Un détail: les fleurs. Qui ira chercher les fleurs? «Nous irons les couper la veille, dans les champs, répond Pascal, imperturbable. Il faut qu'elles soient fraîches.» Effectivement, mille tournesols chez le fleuriste, ça fait cher. Mais contre deux ou trois cents francs versés aux fermiers, Parisienne et toute l'équipe, auront, samedi, leur scène fleurie.