Chronique

Coup d’oreille: sur la route de l’homoparentalité

La PMA pour toutes devrait arriver en France. Peut-être un jour en Suisse. En attendant, les couples d'homosexuelles s’en vont à l’étranger: on le sait, mais on n’en parle peu. Le podcast Quouïr brise ce silence avec délicatesse

Tous les quinze jours, notre chroniqueuse jette un «coup d’oreille» à la vaste planète des podcasts francophones et vous conseille un épisode en lien avec l’actualité.

Les chroniques précédentes: 

«La PMA n’est autorisée que lorsque la stérilité ou le danger de transmission d’une maladie grave ne peuvent être écartés.» C’est ainsi que la Constitution helvétique définit les contours des techniques de procréation médicalement assistée (PMA). Une conception que l’on pourrait qualifier de poussiéreuse à l’heure où, en France, l’Assemblée vient de débattre de la loi bioéthique qui ouvrirait la PMA aux couples d’homosexuelles ainsi qu’aux femmes seules.

En Suisse, cette accession faisait partie du concept de mariage pour toutes et tous étudié par la Commission juridique du Conseil national en août dernier. La PMA a été écartée du projet d’union civile… La question reviendra en décembre sur la table des nouveaux et nouvelles député-e-s. Honnêtement, avant de devoir rédiger un article complémentaire sur le sujet, je n’avais pas pris la mesure de ces questionnements. Et surtout, de leurs conséquences sur des vies.

Que font les couples lesbiens qui désirent un enfant? Tout le monde le sait, personne ne le dit. Comme le don de sperme est réservé aux couples (hétérosexuels, faut-il le préciser?) mariés, elles partent à l’étranger. Espagne, Belgique, Pays-Bas, Finlande, Suède… Elles dépensent des sommes pharaoniques en transports, logements, frais médicaux. Ce parcours difficile vers l’enfantement et le droit de fonder une famille, il en existe une illustration (auditive, bien sûr!) délicate et poignante à travers l’histoire de Karell et Emilie.

Elles ont accepté de se livrer dans la saison 2 du podcast Quouïr dédiée à l’homoparentalité. La journaliste Rozenn Le Carboulec les a suivies lors de leur sixième tentative de fécondation, à l’hôpital en Espagne, puis sur la route du retour vers la France, dans leur camionnette. Elles ont choisi ce pays plutôt que la Belgique, plus éloignée et qui requiert davantage de travail administratif. «Qui fait une lettre de motivation pour être parent alors qu’il y a de milliers de mauvais parents?» se demandent-elles.

Un épisode rythmé par de courts interludes musicaux qui invitent à réfléchir, ponctué d’extraits du journal que les deux mères écrivent pour le bébé à venir, et de «respirations» lorsque la parole des enfants, les deux premiers d’Emilie, intervient. Solaire. Mais c’est une plage d’écoute qui appuie, fort, sur les difficultés rencontrées. Entre l’heure qui tourne dès qu’un ovule est mature, la panique de la gestion de leur gîte qu’elles ont dû quitter dans la précipitation, les regards en coin, les nuits dans des campings ou chez des amis sur le chemin, la crainte d’un échec. Encore. C’est un témoignage, un de plus, direz-vous. Mais un témoignage d’amour, amour de l’autre et d’un «fruit» commun tant désiré.


Emilie et Karell – Quouïr, Nouvelles Ecoutes, disponible sur Apple Podcast, Spotify & Soundcloud

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