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Coup d’oreille: traiter la nature comme sa (respectable) voisine

Et si nous considérions la planète comme un sujet et plus comme un objet? Notre chroniqueuse a écouté un BDéiste passionné d’anthropologie parler de la distinction banalisée entre nature et culture au micro du podcast «Présages»

Pancartes vertes au bout des doigts, certains ont occupé les places de parking, les ponts, les rues. D’autres ont organisé des conférences, des ateliers pour parler de l’urgence climatique. Et ils recommenceront dès vendredi. D’autres, encore, ont choisi d’interrompre une séance du parlement fédéral avec un émouvant Final Countdown suivi de Ciao Bella Ciao. Un adieu à cette terre que les décideurs continuent, pour beaucoup, de piétiner.

Alors, quel futur pour la planète, pour l’humanité, le vivant? Un «effondrement» aura-t-il bien lieu? Comment pourrions-nous vivre autrement? Ce sont les interrogations à l’origine du podcast indépendant Présages. Chaque mois, Alexia Soyeux reçoit une invitée ou un invité pour en débattre. L’épisode numéro 22 a retenu mon attention: «Mésanges punk, ZAD et anthropologie». J’avoue, j’ai cliqué juste pour le caractère farfelu du titre. Et bien m’en a pris.

Au micro, Alessandro Pignocchi. Il était chercheur en sciences cognitives, il en a eu assez. Alors, passionné d’anthropologie et, surtout, intéressé par la séparation communément réalisée entre «nature et culture», le jeune homme s’est rendu en Amazonie à la rencontre des Jivaros, comme Philippe Descola en son temps. Pour simplifier, ce peuple est connu pour entretenir une relation de sujet à sujet avec les végétaux, les animaux et non pas un rapport d’utilisation. A son retour, A. Pignocchi a raconté cette expérience dans une première BD documentaire qui inverse les rôles: un anthropologue jivaro tente de sauver ce qui reste de la civilisation occidentale, menacée.

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Mais, là où l’écoute s’intensifie, c’est lorsque notre bédéiste-anthropologue en herbe évoque son intérêt pour les ZAD [Zone à défendre, comme Notre-Dame-des-Landes en France] et décrète que, là-bas, plus qu’en Amazonie «la sensation d’ailleurs» ne le quitte jamais. Et cela, entre autres, car les plantes et les animaux sont considérés comme des «collègues». La nature n’est plus un objet au service de l’humanité. La forêt n’est plus vue comme un vulgaire purificateur d’air, mais une voisine. Que l’on soit prêt-e, ou non, à l’entendre et à imaginer un changement de paradigme, ce genre de pensée rappelle une chose essentielle à mes yeux, que tous ces gens ne cessent de scander dans l’espace public: nous ne sommes qu’une espèce parmi d’autres, au cœur d’un immense écosystème dont il est urgent de prendre soin.


Mésanges punk, ZAD et anthropologie, Présages, sur Soundcloud, Apple Podcast et YouTube.

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