Maux de tête chroniques, vertiges, troubles de la vue, difficultés de concentration. Et rien, pas de lésions constatables médicalement. Rien, sinon un «Schleudertrauma» ou «traumatisme en accélération du rachis cervical», vulgairement appelé «coup du lapin».

Pour les spécialistes, les troubles chroniques liés à une distorsion de la colonne cervicale, survenue le plus souvent lors d'un accident de la circulation, sont devenus en une quinzaine d'années une source inépuisable de questionnements. Surtout depuis que le Tribunal fédéral des assurances a étendu le droit à des prestations même pour des «troubles non spécifiques qui ne sont pas constatables sur le plan organique». Pour les uns, le «Schleudertrauma» est devenu un bon filon pour des victimes bien conseillées, dont le problème est avant tout d'ordre psychique. Pour les autres, les troubles chroniques générés par un coup du lapin peuvent être particulièrement lourds à endurer et aucune raison ne justifie de ne pas indemniser les victimes.

En 2004, la Suva a accordé 348 nouvelles rentes pour ces cas de traumatisme du rachis cervical, soit une nouvelle rente sur neuf. Le coût total des prestations versées par la Suva pour le coup du lapin est passé de 105 millions de francs en 1990 à 268 millions en 2004.

Face à l'ampleur prise par le phénomène, la Suva, l'assureur public contre les accidents, a présenté à la presse, jeudi, son nouveau plan d'action. Détectés le plus tôt possible, les cas qui risquent de devenir chroniques font désormais l'objet d'un suivi étroit. Le coup du lapin va ainsi offrir à la Suva la possibilité de tester une technique qu'elle utilise dans tous ses domaines d'activité et qu'elle compte offrir également, à terme, aux responsables de l'assurance invalidité: le «new case management», en vogue notamment aux Pays-Bas.

Depuis 1990, les cas se sont fortement multipliés. Il y avait alors quelque 12000 cas répertoriés en Suisse. En 2003, les victimes du coup du lapin étaient plus de 26000, tous assureurs confondus. Elles ont donc fait plus que doubler en treize ans. Mais leur nombre a légèrement régressé depuis 2002, où un pic a été atteint avec 27000 cas.

Les différentes régions linguistiques ont été touchées différemment. Une fois n'est pas coutume, les Alémaniques sont davantage quémandeurs de rentes que les Romands et les Tessinois, et c'est l'une des raisons qui ont commencé à faire tiquer les spécialistes. Lorsqu'on lui demande une explication, Thomas Mäder, le chef de la division des prestations d'assurance de la Suva, cite spontanément l'existence en Suisse alémanique d'une association particulièrement active dans la défense des victimes du coup du lapin.

Pierre Seidler, avocat à Delémont, représente le «Schleudertraumaverband» en Suisse romande. Il expliquait récemment au Temps que les chiffres devaient être relativisés. D'abord, ce type d'accident représente une part minime de l'ensemble des accidents de la circulation. Ensuite, l'existence d'un traumatisme du rachis cervical n'est reconnue que sur la base d'expertises médicales particulièrement poussées. Enfin, l'assureur accidents peut en général se retourner contre la RC du conducteur responsable, le coup du lapin survenant le plus souvent à la suite d'une collision par l'arrière.

Au Conseil national, la démocrate-chrétienne argovienne Ruth Humbel Näf est même intervenue, l'an dernier, pour mettre en cause un prétendu tour de vis décrété par la Suva contre les victimes du coup du lapin. Réponse du Conseil fédéral, datée du 2 décembre 2005: il n'est pas vrai que la Suva est devenue plus sévère. Sa pratique est conforme à la loi, assure le gouvernement. La plupart des recours contre ses décisions sont d'ailleurs rejetés par le Tribunal fédéral.