Depuis quinze ans, l'atmosphère contient moins d'aérosols, ces particules issues de la pollution. Conséquence: la quantité de lumière solaire atteignant le sol n'a cessé d'augmenter. Ce phénomène joue-t-il un rôle important dans le réchauffement climatique? Le débat est vif chez les scientifiques. A cette question, une équipe de l'EPF de Zurich, emmenée par Martin Wild, répond par la négative dans un article paraissant aujourd'hui dans la revue Geophysical Research Letters.

En mai 2005, le même groupe, membre du Pôle de recherches national «Climat», a publié une étude-clé dans Science. Il y détaillait que, entre 1950 et 1990, le boom industriel avait accru les émissions d'aérosols (suies de combustion surtout). Avec pour effet la formation d'un écran à l'ensoleillement. Entre 1992 et 2002, par contre, les appareils mesurant le rayonnement solaire sur la planète ont montré une augmentation moyenne de 0,66 watt/m2. A quoi est due cette inversion de tendance? «Les nouvelles régulations concernant la pollution de l'air et le déclin économique dans les anciens pays communistes ont pu jouer un rôle pour réduire les aérosols», expliquait alors Martin Wild.

Que la Terre soit davantage «éclairée» a son revers de médaille: la planète émet en retour plus d'énergie calorifique. Une chaleur qui, elle, est de plus en plus retenue autour du globe à cause d'un effet de serre grandissant, créé lui par des gaz (CO2, méthane, etc.) dont la concentration ne cesse d'augmenter. Cependant, certains chercheurs n'ont pas hésité à mettre le réchauffement observé depuis 1990 plutôt sur le compte de cet ensoleillement solaire accru.

Coupable: l'effet de serre

Pour tirer l'affaire au clair, Martin Wild a passé au crible les données des températures diurnes maximales et nocturnes minimales relevées sur la planète entre 1960 et 2000. Les premières dépendent principalement du rayonnement solaire, tandis que les deuxièmes, le Soleil étant couché, sont plutôt liées à la présence de l'effet de serre.

Résultat: durant ces quatre décennies, l'effet d'écran créé par les aérosols, qui a d'abord crû et fait baisser les maxima diurnes jusqu'en 1990 environ, n'a pas été totalement compensé par l'éclaircissement de l'air survenu depuis. Pourtant, durant ces 40 années, les minima nocturnes ont augmenté. Et, surtout, la température moyenne sur les continents a «bondi» de 0,8°C.

Pour Martin Wild, cet accroissement marqué ne peut donc pas être expliqué uniquement par le brusque coup de soleil qu'a reçu la Terre depuis 1990 environ. Mais bien par ce mécanisme, plus sournois, qu'est l'effet de serre.