Télévision

«Les coups de cœur d’Alain Morisod» classés sans suite

Une année après avoir fêté leurs 20 ans, «Les coups de cœur d’Alain Morisod» touchent à leur fin avec l’enregistrement en direct de la dernière émission le 9 novembre prochain. Une décision de la RTS qui attriste une génération de fidèles

Toutes les bonnes choses ont une fin, même Les coups de cœur d’Alain Morisod, l’émission qui a marqué toute une génération de Suisses romands. Après plus de vingt-et-un ans à la télévision et 130 émissions à son actif, l’artiste enregistrera la dernière en direct le 9 novembre. L’annonce, faite lors d’une interview parue dans L’illustré en février dernier, a beaucoup surpris les téléspectateurs du programme culte dans le bassin lémanique et alentour.

Mirella Buffy, 65 ans, suit Les coups de cœur depuis plus de dix ans et raconte sa joie lorsqu’elle a réalisé qu’«il y avait enfin une émission de variétés en Suisse romande, qui soit locale et pas issue de France», lui permettant de s’identifier davantage au contenu de l’émission. Patrick Amey, maître d’enseignement et de recherche en sciences de la société à l’Unige, appuie le fait que, «Morisod, c’est la signature d’un homme et d’une équipe qui rappelle l’ancrage d’une identité régionale et donc romande, en laquelle les plus âgés se reconnaissaient». A ce sujet, il cite Pascal Crittin, directeur de la RTS: «Les émissions «maison», celles qui sont produites par la RTS et qui parlent de la Suisse et des Suisses, réalisent les meilleures audiences.» Alors pourquoi arrêter Les coups de cœur, emblème de la télévision suisse romande?

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Une audience jugée insuffisante

Il semblerait que ce soit justement le résultat de l’évolution démographique des téléspectateurs, dont la majorité, selon Alain Morisod, «sont des gens qui aujourd’hui ont plus de 60 ans». La RTS, elle, affirme vouloir «proposer plus de contenus à destination des jeunes». Philippa de Roten, directrice du département de la société et de la culture, justifie également cette décision par le fait qu’aujourd’hui, l’émission – malgré sa durée de vie exceptionnelle – ne rassemble pas un public suffisamment large. Un problème auquel il faut faire face à une époque où la RTS se doit de «procéder à d’importantes mesures d’économie». La directrice soutient que les 87 000 téléspectateurs et la part de marché de 18,9% en 2019 sont «loin des objectifs pour une émission de prime time».

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Cette décision fait plus d’un malheureux, affirme Alain Morisod, qui dit avoir reçu des centaines de courriers de la part de téléspectateurs attristés, et même des pétitions ayant circulé parmi ses fans les plus fervents. L’animateur n’est pas en mauvais termes avec le géant des services publics, mais ne peut s’empêcher d’être déçu de cette fin qu’il considère prématurée. Il explique que sa plus grande frustration vient du fait que la RTS ne compte pas remplacer Les Coups de cœur par une émission de variété semblable, mais a l’intention de changer totalement de direction.

Un créneau convoité

Philippa de Roten confirme: «Nous allons poursuivre en 2020 la diffusion de nos jeux comme Cash, qui marche très bien, des numéros de 120 Minutes bien sûr, des films, ainsi que de nouveaux rendez-vous que nous pourrons annoncer ces prochains mois», dans le but de «proposer des émissions susceptibles d’intéresser tous les publics, les jeunes comme les personnes plus âgées». Patrick Amey met en lumière le fait que l’émission du samedi soir en «prime time» est censée fédérer au mieux les publics d’un canal. «C’est une sorte d’«émission miroir» qui met en scène les symptômes de l’identité montrée et choisie d’une chaîne.» Selon le sociologue, il s’agit ici de privilégier des animateurs plus juvéniles qui maîtrisent le registre de l’humour d’aujourd’hui, plutôt qu’une émission de plateau «bon enfant» comme celle de Morisod.

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Reste à savoir si cela annonce la fin des émissions de variétés de manière générale, celle des Coups de cœur suivant de près la suppression du Plus Grand Cabaret du Monde par France 3 en 2018. Patrick Amey justifie cette diminution de succès par le fait qu’«aujourd’hui la télévision se voit confrontée à des publics de niche, et notamment à des publics jeunes qui ne sont pas disposés à accorder 90 minutes de leur temps libre le samedi soir pour s’imposer d’écouter Enrico Macias avant d’entendre Bastian Baker». Mais ce n’est qu’un au revoir pour Alain Morisod. Prêt à reprendre l’émission si la RTS change d’avis, il confie: «S’ils sont d’accord, je suis d’accord.»

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