Mon animal et moi

Ils courent, ils courent, les furets de Laure-Aimée

La Vaudoise de 23 ans vit une grande histoire avec Wendy et Casper, un duo hyperactif aussi attachant que sociable

Wendy par-ci, Casper par-là. Sous la manche, sur le ventre, dans le cou et demi-tour. Eclairs de fourrure blanc et noir contre éclats de rire blonds. Ça bouge trop, on recommence la photo. Rebelote pour les deux furets qui profitent du moindre interstice dans les bras de Laure-Aimée pour s’infiltrer, explorer, chatouiller, retourner – en un mot, fureter. Il faudra finalement shooter le petit couple avec un tube de vitamines à lécher pour obtenir un peu de calme et laisser le photographe travailler tranquillement. 

C’est en cherchant sur Internet des modèles de hamac à fabriquer pour ses rats que la jeune Vaudoise de 23 ans a découvert les furets, en 2016. Tombée un peu par hasard sur des photos de ces petits mustélidés (la famille des hermines, des visons ou des putois), elle les trouve attachants, se renseigne, et découvre combien ces petits carnivores à la tête d’écureuil sont joueurs et intelligents. Avant de craquer en juillet de cette année et d’adopter un couple, via l’association Erminea.

«C’est obligatoire d’avoir deux furets [à la vérité, c’est juste fortement conseillé, pour que les animaux très sociables aient toujours un partenaire de jeu]. Il faut suivre un cours de préparation théorique et pratique, obtenir une autorisation du vétérinaire cantonal en envoyant la photo et les plans de leur parc, c’est très encadré. Mon compagnon n’en voulait pas, mais je ne lui ai pas laissé le choix. [Elle rit.] Maintenant, il s’est beaucoup attaché à Wendy.»

Wendy, c’est la femelle, 3 ans, plus petite et curieuse. Casper, le mâle, 4 ans, est (un peu) plus tranquille. Et en effet, quelques secondes après la photo, Wendy escalade déjà les chaussures de Daniel, qui prend délicatement la petite boule de poils dans les bras. Mais – pfff, la voilà déjà partie. C’est vrai qu’ils courent, ils courent, les furets…

Une amoureuse des bêtes

Laure-Aimée a toujours eu une vie peuplée d’animaux – quand elle était petite, des chats, des oiseaux, un lapin. Son père avait recueilli un écureuil blessé. Elle et son compagnon possèdent aussi un berger allemand, dont un grand portrait orne leur appartement de Cugy (VD). Difficile de dire d’où vient son attachement: elle se sent bien avec les animaux, tout simplement. Elle a aussi eu trois rats, récemment morts de vieillesse. Mais les furets, c’est autre chose: «Ils sont intelligents et drôles.» Curieux, aussi: pas facile d’empêcher Casper de se faufiler derrière la télévision, sous le lave-vaisselle, dans la sacoche du photographe – décidément. «Ils sont plus présents qu’un chat, ils interagissent beaucoup avec les humains, c’est cela qui est plaisant!» Deux petits concentrés d’énergie pour faire sourire une grande fille plutôt sérieuse.

Pour eux, elle a construit un parc dans le salon, une enceinte de bois mesurant 2 mètres sur 2 (la norme suisse pour un couple), avec un solide verrou, et agrémentée de peluches, d’une piscine à boules et d’un tapis d’éveil – oui, oui, vous pouvez sursauter, les jeunes parents… Poulet en plastique et litières complètent leur cadre de vie. C’est là que dans la journée, les furets, de gros dormeurs, attendent le retour de leur maîtresse qui passe de longues heures sur des chantiers – Laure-Aimée est ferblantière-couvreuse. A son retour, elle les libère dans l’appartement, après avoir pris soin de boucher les orifices trop petits et dangereux: un petit furet peut se glisser dans un trou grand comme une pièce de deux francs, méfiance!

Puis c’est l’heure des jeux. Casper répond à peu près à son nom, pas Wendy. Toboggan dans un pantalon, traversée d’un carton à trous, plaisir de se glisser dans un sac en papier que les minuscules mains font crisser en le froissant: les deux furets se prêtent à toutes les galipettes, aux jeux de cache-cache et autres caresses qui font rire les humains et leur permettent de se détendre. Déterminée et ambitieuse, Laure-Aimée prépare aussi un brevet de contremaître.

Des idées fausses et de vraies odeurs

Le furet est devenu le troisième animal domestique des Européens, derrière le chien et le chat. Il est populaire en France mais méconnu en Suisse, regrette la jeune fille. Que d’idées fausses circulent sur son compte! «Ce sont des animaux domestiques, ils ne peuvent pas survivre dans la nature. S’ils sont correctement éduqués, ils ne mordent pas, sauf s’ils ont peur. Enfin, ce ne sont pas des rongeurs, mais des carnivores, donc ils ne vont pas dévorer les fils électriques de la télévision par exemple.»

Dites-leur bien que c’est un animal parfait pour les gros travailleurs

(Hum, d’autres témoignages récoltés par l’auteure de ces lignes ne sont pas aussi catégoriques, qui font état de furets surpris à mâchouiller livres et coussins… Ils sont aussi volontiers voleurs, subtilisant de petits objets dans leurs mains pour les déposer dans d’improbables endroits.)

Tous les proches de la jeune Vaudoise s’intéressent à ses «bébés» – au point qu’elle leur a consacré une page sur Facebook, forcément appelée «Casper & Wendy», où elle publie régulièrement des photos de leurs exploits – dans les chaussures, chez le vétérinaire, en forêt, en laisse… Joie de jouer avec eux, et deuxième joie désintéressée de partager ces moments de plaisir. «Ils trottinent, c’est trop mignon.» C’est vrai.

On est presque conquis, mais tout de même, cette question, forcément: et comment faites-vous, pour l’odeur? L’odeur des furets. C’était l’une des craintes de son compagnon, et c’est donc une des préoccupations essentielles de Laure-Aimée. Car les furets peuvent dégager une odeur musquée très forte, particulièrement les mâles non castrés, déclenchée lors de fortes émotions comme le plaisir, la douleur ou la peur. Cette odeur ponctuelle s'ajoute à une première odeur «de base» déjà forte, due aux sécrétions de leurs glandes sébacées. Mais Laure-Aimée est très attentive à l’hygiène et ses furets sont très propres, affirme-t-elle, elle nettoie tous les matins leur litière, et n'a jamais souffert d'odeurs désagréables. Sniff, sniff, les visiteurs d'un soir confirment: rien de perceptible à l'horizon. 

«Dites-leur bien que c’est un animal parfait pour les gros travailleurs»: les furets peuvent en effet rester tout seuls de longues journées, ils dorment beaucoup, et sont très joueurs quand ils ont de la compagnie. Cependant ils réclament énormément d’attention en raison de leur mobilité et de leurs capacités de préhension, et leurs petites dents peuvent mordre, Laure-Aimée en convient. Vite fait, avant d’attraper les deux filous qui s’agrippent à la jambe de sa salopette. La soirée sera longue.

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