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«En groupe, c’est différent. On discute un peu et le temps passe sans qu’on s’en rende compte.»
© Bernhard Lang

Entraînement

Courir en groupe, pour entretenir sa motivation

Les groupes de course à pied, de cyclisme ou de fitness fleurissent partout. Nombreux sont ceux qui choisissent ces activités pour pouvoir faire du sport seul, quand cela les arrange. Et troquent ensuite une partie de leur flexibilité pour nouer le lien social qui permet d’entretenir sa propre motivation

«Trente minutes de course, ça va pour tout le monde?» Grégory Wyss jauge son audience. Des quadras parfaitement équipés. Deux préados qui trépignent. Personne ne se manifeste, mais dès les premières dizaines de mètres parcourus par petites foulées, une femme blonde s’inquiète du rythme. «Je me mets à la course à pied petit à petit depuis le mois de janvier, explique-t-elle le souffle un peu court. En général, j’y vais seule, mais ce n’est pas toujours facile de se motiver.» Alors, quand elle a appris que le club d’athlétisme d’Yverdon-les-Bains, l’USY, proposait des entraînements collectifs gratuits en vue des 20 Kilomètres de Lausanne, elle n’a pas hésité. «C’est aussi l’occasion d’améliorer ma technique», dit-elle en ralentissant un peu la cadence.

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Ce jeudi soir de mars, l’air est frais mais pas froid au bord du lac de Neuchâtel. Comme la semaine dernière, Philippe, 46 ans, est venu avec son fils de 12 ans. Leur truc, à tous les deux, c’est le football. Ils participeront pour la première fois aux 20 Kil' pour vivre une aventure ensemble. «Moi, je ne cours que très occasionnellement, pour me vider la tête plus que pour faire du sport, glisse le sympathique fonctionnaire, déjà bien distancé par son fils. Mais là, en groupe, c’est différent. On discute un peu et le temps passe sans qu’on s’en rende compte. Je serais incapable de courir aussi longtemps tout seul!» François, architecte de 51 ans et runner plus régulier, valide: «La semaine, je cours avec un copain. Le week-end, seul. Suivant la saison, ce n’est pas facile d’y aller. Ici, ce qui est génial, c’est qu’on rencontre des gens d’horizons divers. C’est un vrai plus.»

La théorie et la pratique

Longtemps, faire du sport, c’était un club, un entraîneur, des horaires fixes. Un package de plus en plus difficile à concilier avec l’individualisation des modes de vie et la flexibilisation du travail. Pour ne pas renoncer à bouger, nombreux sont ceux qui optent pour une discipline qui permet de s’affranchir de toutes les contraintes. La riche étude Sport Suisse 2014 montre que les cinq activités physiques les plus populaires dans le pays (randonnée, cyclisme, ski, natation, course à pied) peuvent parfaitement être pratiquées en solitaire. Réunir son matériel, exalter sa motivation, et c’est parti.

L’autre jour, nous avons fait 32 kilomètres sous la pluie. Impensable tout seul.

Voilà pour la théorie. En pratique, un entraînement à plusieurs est peut-être plus compliqué à organiser, mais plus agréable à vivre. On commence un sport individuel pour la liberté qu’il offre. On continue plus facilement si on le pratique en groupe. «C’est beaucoup plus simple de courir à plusieurs, confirme Grégory Wyss, l’athlète averti qui encadre les séances gratuites à Yverdon. Moi, je m’entraîne tous les jours avec deux personnes et je sais que certaines sorties seraient impossibles sans eux. L’autre jour, nous avons fait 32 kilomètres sous la pluie. Impensable tout seul.»

«Cela marche très fort»

Les fitness privés incarnent parfaitement la tendance. En parallèle des rameurs et des appareils de musculation, beaucoup de centres offrent quantité de cours collectifs. Yoga, cross-training, Zumba: l’offre presque infinie se décline sur toute la journée. «Nous n’avons pas de chiffres précis quant au public de ces séances, mais je dirai qu’il est majoritairement féminin et qu’il se compose de 30 à 40% de nos clients, estime Thibault Fornier, responsable marketing de la chaîne Let’s Go. Cela marche très fort. Dans certains cours, il n’y a pas assez de place.»

Les participants se motivent entre eux. Il est plus simple de suivre la masse que de trouver en soi la persévérance nécessaire pour progresser.

Laetitia, la trentaine, n’envisagerait pas une seconde d’aller pédaler dans un fitness toute seule avec ses écouteurs dans les oreilles. Mais elle ne manque pas sa leçon hebdomadaire de spinning. «Ce que j’aime, c’est que cela stimule mon esprit de compétition. En groupe, je ne m’imagine pas descendre de mon vélo avant la fin.» Thibault Fornier l’a parfaitement compris. «Les participants se motivent entre eux. Il est plus simple de suivre la masse que de trouver en soi la persévérance nécessaire pour progresser. Et, au-delà, une salle de sport est un lieu de vie. Les abonnés y passent beaucoup de temps, donc ils y cherchent un sentiment d’appartenance. Beaucoup de gens se marient après s’être rencontrés dans une salle!»

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Près d’un Suisse sur cinq investit plusieurs centaines de francs par année dans un abonnement au fitness. Des solutions alternatives existent pour ceux qui veulent allier sport, santé et sport en groupe en payant moins, voire rien du tout. Proposer des entraînements gratuits en ville, c’est le pari de l’association Urban Training, fondée en 2010. «On y fait de tout en utilisant le mobilier urbain: travail des pectoraux, des abdominaux, des cuisses en montant des escaliers, énumère le fondateur Mathieu Gleyre. Il n’y a juste pas de course à pied, car cela pourrait retenir certaines personnes.»

Actuellement, Urban Training essaime dans plus de quarante localités en Suisse romande et concerne plus de 30 000 personnes. La clé de son succès réside précisément dans la réponse nuancée qu’elle apporte à la demande actuelle: du sport en groupe, pas d’engagement. «Les gens peuvent venir une fois et pas la semaine suivante sans que cela ne leur vaille de réprimandes. Et quand ils sont là, ils font de nouvelles rencontres. Des discussions se tissent entre deux postes», développe le responsable.

L’essor du running (en commun)

Depuis quelques années en plein essor, le running n’échappe pas à la tendance. On s’y met parce qu’il est très facile de courir seul, mais on persévère plus facilement en trouvant des compagnons. Un principe parfaitement intégré par les milieux sportif, professionnel et même économique. Les organisateurs des classiques du calendrier (20 Kilomètres de Lausanne, Morat-Fribourg…) mettent en place des entraînements de préparation. Les clubs d’athlétisme montent des groupes de course sur route. Les entreprises paient des coaches pour encadrer les sorties de leurs employés. Dans de nombreuses (grandes) villes du monde, on peut participer à des «running tours» au lieu de monter dans un bus touristique pour découvrir les lieux d’intérêt majeurs. C’est parfois gratuit, parfois bon marché et dans d’autres cas, c’est un vrai business.

On peut parler de notre passion commune même si on n’a pas le même niveau.

Retour à Yverdon-les-Bains. Pour Grégory Wyss, la sortie du jour est une promenade. «Je donne un coup de main et cela me fait plaisir de courir avec des gens que je ne connais pas. On peut parler de notre passion commune même si on n’a pas le même niveau. Et puis, je peux donner quelques conseils. Personne n’a besoin de moi pour courir trente minutes. Mais après, nous faisons quelques exercices d’école de course, de coordination, des choses que les gens ne connaissent pas forcément.»

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A côté de lui, le jeune quinqua François lui confie que son ambition est d’atteindre ses 80 ans suffisamment en forme pour continuer de courir. Grégory rigole, puis raconte: «Je connais un groupe de trois copains d’enfance qui ont passé cet âge-là et qui continuent de faire des sorties ensemble. Ils se poussent au dépassement comme quand ils étaient jeunes, même si le rythme a baissé. C’est ça qui est génial en groupe. Tu essaies toujours de faire mieux que les autres. Et le jour où tu es moins en forme, tu es obligé de t’accrocher et c’est là que tu progresses.» Même tous ensemble, le sport, cela reste chacun pour soi.

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