La sexualité fait partie de nos vies mais reste pourtant taboue. Afin de remédier à cet état de fait, deux fois par mois, la chroniqueuse, autrice et journaliste spécialisée Maïa Mazaurette donnera dans «Le Temps» son point de vue sur un sujet d’actualité.

Chroniques précédentes:

Plus les couples passent de temps ensemble, plus ils font l’amour? Si le désir était proportionnel à la proximité physique, ça se saurait. On vivrait confinés hors des périodes de pandémie. Personne ne sortirait le soir entre amis. Et personne ne tromperait son conjoint (pour rappel, l’infidélité séduit 28% des Suisses, selon les chiffres 2019 de 20 Minutes/Amorana).

Parmi nous, certains vivent une nouvelle lune de miel, un âge d’or d’expérimentations sexuelles et de redécouverte sentimentale. D’autres se font la guerre à la maison (en France, la moitié des couples se chamaillent sur les tâches ménagères). Certains dépoussièrent leur répertoire érotique en faisant l’amour par messagerie, webcams ou sex-toys connectés. D’autres trouvent le sexe à distance aussi motivant qu’un jour de pluie. Certains contrent la peur de la mort par la pulsion de vie. D’autres ont perdu toute libido, toute capacité d’écoute, toute attention à leur corps. C’est terriblement injuste. Et le plus souvent, on ne peut rien y faire.

Tout le monde y perd

De même que la pandémie de Covid-19 continue de mettre en lumière les inégalités entre ville et campagne, entre riches et pauvres, entre femmes et hommes (les femmes meurent moins du virus), entre Blancs et personnes de couleur (les Noirs et les Latinos, aux Etats-Unis, sont victimes d’une surmortalité importante par rapport aux Blancs)… nous voyons apparaître des fractures entre célibataires et couples, entre couples cohabitants et non cohabitants et, bien sûr, entre grands amoureux et unions malheureuses.

Au jeu des comparaisons, tout le monde perd. La solitude fait des ravages, mais la vie en communauté aussi. On savait déjà que la consommation de pornographie avait augmenté, mais c’est aussi le cas des signalements pour violences conjugales et familiales, ainsi que pour cyberharcèlement et revenge porn. Ainsi, des jeunes ou très jeunes filles voient leurs photos et vidéos intimes largement partagées sur des comptes «fisha» (qui les «affichent»). Le virus multiplie les problèmes: les harceleurs passent plus de temps à la maison, ils sont plus frustrés, plus désœuvrés, plus agressifs… et leur pouvoir de nuisance décuple. Pendant ce temps, le harcèlement de rue n’a pas disparu avec le confinement.

Transition sexuelle

Comme on le constate, la pandémie creuse les clivages: ceux qui allaient déjà bien vont encore mieux (et font l’amour entre deux séances de yoga et de méditation). Ceux – celles, surtout – qui étaient déjà fragiles voient leur situation se détériorer.

Si cette accentuation des tensions de genre et de sexe persiste, la pandémie n’aura pas redistribué les cartes, elle aura au contraire cristallisé les rancœurs. Tout le monde s’attend à un crash économique. Tout le monde devrait, aussi, s’attendre à un crash romantique. Ce qui signifie que parmi toutes les transitions auxquelles il faudra se résoudre, la transition sexuelle sera présente. En première ligne? La question des violences, du partage des tâches domestiques, de l’éducation des jeunes hommes. Et comme horizon, si nous prenons le train en marche? Plus d’égalité, plus de justice, jusque dans la chambre à coucher. Puisqu’on vous dit que le sexe est politique!


Chronique précédente:  Faut-il semi-confiner sa sexualité?