Deux mois après le plébiscite du 17 mai, les partisans des médecines complémentaires veillent au grain. Les différents comités, qui ne se sont pas dissous après la votation, s’organisent pour que la volonté populaire – 67% de oui – soit respectée. Ce d’autant que l’article constitutionnel «Pour la prise en compte des médecines complémentaires», laisse, comme l’avait rappelé à plusieurs reprises Pascal Couchepin avant le scrutin, une large place à l’interprétation.

Et aujourd’hui? Les tenants des cinq méthodes alternatives, exclues de l’assurance de base en 2005, ont entrepris des démarches auprès de la Confédération pour que ces dernières soient à nouveau prises en charge par la LAMal. En attendant les résultats, qui n’interviendront pas avant des semaines, les partisans des méthodes douces ne restent toutefois pas les bras croisés. Ils ont pris les devants pour imposer une autre de leurs revendications: inclure les médecines complémentaires dans l’enseignement et la recherche académique.

Verra-t-on prochainement les universités de Berne et du canton de Vaud accueillir une chaire de médecine complémentaire? C’est effectivement dans ces deux cantons que les premières démarches viennent d’être entreprises. Mais à terme, prévient Walter Stüdeli, coordinateur au plan national des comités pro-méthodes douces, «notre objectif est que toutes les facultés de suisses enseignent ces pratiques». Pour l’heure, les partisans procèdent par petits pas, un canton après l’autre. Car, comme le confirme Kurt Wechsler, responsable du domaine de la médecine à la Conférence des recteurs des universités suisses (CRUS), «la création de nouvelles unités d’enseignement relève de la compétence des cantons, et non de la Confédération».

Ainsi, le comité vaudois pour les médecines alternatives transmettra, d’ici l’automne, des propositions en ce sens à la cheffe du Département de la Formation, Anne-Catherine Lyon. «Nous constituons un dossier, en nous basant sur les expériences menées à l’étranger», explique Christa Calpini, députée radicale au Grand conseil vaudois.

«Nous avons bon espoir que l’initiative de créer un enseignement spécifique vienne du gouvernement cantonal», poursuit Luc Recordon, président du comité et par ailleurs conseiller national. «Raison pour laquelle nous entendons poursuivre, dans un premier temps, nos discussions avec le Conseil d’Etat, puis avec la Faculté de médecine.» Quid en cas de refus? L’écologiste n’exclut toutefois pas, in fine, de saisir le parlement vaudois. A noter, au passage, que le ministre vaudois de la santé, Pierre-Yves Maillard, siège lui-même dans le comité pro médecines douces…

A Berne, en revanche, les partisans empruntent une voie plus directe. Une députée socialiste au Grand conseil, Danielle Lemann, vient en effet de déposer une motion réclamant au gouvernement bernois de «transformer» l’actuelle Instance collégiale de médecine complémentaire (KIKOM) en un véritable institut universitaire. Le canton est par ailleurs prié de créer «au moins un poste de professeur ordinaire» en médecine anthroposophique, en médecine chinoise, en homéopathie ou en neuralthérapie. Dopé par le résultat du scrutin du 17 mai, le texte, qui devrait être traité d’ici la fin de l’année, pourrait bien séduire une majorité du parlement bernois.

Un manifeste zurichois

Les partisans ne sont toutefois pas au bout de leurs peines. Qu’il s’agisse de la prise en compte des médecines douces par la LAMal ou de la création de chaires académiques, des voix font de la résistance. Ainsi, le décanat et des professeurs de la Faculté de médecine de Zurich – la seule, par ailleurs, à disposer d’une chaire académique de médecine naturelle – ont publié un «manifeste», dans la Neue Zürcher Zeitung, afin que seules les pratiques dont on peut «prouver» l’efficacité soient prises en compte par l’assurance de base.

Le professeur Alexander Borbély, l’un des signataires, se montre également sceptique en matière d’enseignement académique des méthodes alternatives. «Je trouverai effectivement intéressant d’aborder ces disciplines dans le cursus des études de médecine, mais d’un point de vue historique et critique, et non pas en tant que méthodes de soin validées. Par ailleurs, il est nécessaire que ce soit des tenants de la médecine scientifique qui abordent ces questions.»

La médecine chinoise ou anthroposophique à l’université? L’affaire risque de susciter la polémique. Car si les cantons, selon la CRUS, sont compétents en matière de chaires académique, «ce sont les facultés elles-mêmes, précise Kurt Wechsler, qui présentent des candidats pour le poste»…