Après la mode des égoportraits décadents – dont les selfies with homeless, où des jeunes se sont pris en photo avec des SDF à leur insu – celle des selfies at serious places, où des jeunes se sont photographiés de manière inappropriée dans des lieux historiquement graves, à Auschwitz et Tchernobyl, voici les selfies at funerals, dont le plus connu est celui du président Barack Obama avec les premiers ministres britannique et danois lors de l’enterrement de Nelson Mandela. Avec encore les selfies after sex, aujourd’hui la tendance est de se prendre en photo au péril de sa vie.

Le bear selfie consiste à se prendre en photo dans un parc national avec un ours à l’arrière-plan. Les extreme selfies sont des photos vertigineuses prises depuis le haut d’une grue, d’un pont, ou suspendu d’un immeuble, les pieds dans le vide. Et il arrive que cela se passe mal: dans un village espagnol où s’est déroulée une course de taureaux, un homme prenant un selfie est mort encorné.

Mais un endroit du monde compte à lui seul le plus grand nombre d’accidents: c’est l’Inde. Selon le Washington Post, sur les 27 morts dues aux selfies recensés en 2015, la moitié a eu lieu dans ce pays. A tel point que la municipalité de Mumbai a identifié plus d’une douzaine de lieux à risques dans la capitale financière, qui seront décrétées «zones interdites aux selfies». L’Union européenne aurait à son tour envisagé de proposer une loi visant à criminaliser la prise de selfies devant des monuments historiques, lorsqu’elles représentent une menace pour la sécurité publique.

Pour quelle raison met-on en danger sa vie pour une photo? Selon le professeur en psychologie Zlatan Krizan de Iowa State University, cela relève de la théorie de la comparaison sociale: «Dans un contexte de compétitivité où l’individu se mesure aux autres sur les réseaux sociaux, il cherche à les dépasser, prouvant que sa vie est plus intéressante.»

Les likes alors récoltés sont une mesure quantifiable de sa popularité. Et plus la photo est extrême ou exotique, plus les likes et les commentaires seront nombreux. Une surenchère où un simple autoportrait, banal, ne suffit plus.