L’histoire

Qui a tué Cruz, mousseuse masse de fourrure étincelante qui voyageait toujours en cabine et pas en soute comme la plèbe canine? Médias et public s’arrachent les cheveux depuis le décès du samoyède, survenu le 16 février. Eleveurs et activistes animaliers, eux, se montrent les crocs. Car la propriétaire de Cruz (pour GCH CH Polar Mist Cruz’N T’Party At Zamosky D), Lynette Blue, et son soigneur Robert Chaffin sont persuadés que le chien a été empoisonné lors du prestigieux Westminster Kennel Club Dog Show, qui s’est tenu à New York les 11 et 12 février.

Pour l’anecdote, sur 2700 concurrents à pattes, c’est le pinscher nain Banana Joe qui avait raflé le titre de «best in show». Cruz ne s’était classé que septième sur les samoyèdes exposés, mais était, à 3 ans, une vraie bête à concours.

C’est quatre jours plus tard, lors d’un concours canin dans le Colorado, que Cruz se met à vomir du sang. Emmené aux urgences vétérinaires, il décède d’une hémorragie interne et est incinéré. Ses symptômes sont compatibles à ceux d’un empoisonnement dû à l’absorption de mort-aux-rats, mais pourraient aussi être dus à un cancer, selon les experts. La vétérinaire du Colorado qui l’a examiné, Molly Comiskey, elle, s’est voulue plus terre à terre. «Les chiens mettent leur nez partout et prennent de mauvaises décisions.»

Lynette Blue et Robert Chaffin ont eux déclaré qu’ils n’avaient quasiment pas lâché leur chien d’une semelle, qui n’avait pas quitté son hôtel de Midtown. Et puis le soigneur s’est souvenu avoir été verbalement pris à partie à Westminster par un inconnu qui lui avait reproché la cruauté du «debarking» (ablation des cordes vocales) de Cruz. «Les éleveurs de samoyèdes sont des gens bien. Mais il y a tout plein de malades là-dehors», a-t-il déclaré.

Les organisateurs de l’exposition canine, l’association Peta (People for the Ethical Treatment of Animals) et même la police new-yorkaise s’en sont mêlés. Et, bien sûr, les New-Yorkais eux-mêmes, fanas de canidés. Toutes leurs réactions ne sont pas compatissantes. «A quoi bon accuser qui que ce soit en l’absence d’une autopsie, s’interrogeait un lecteur du site du New York Times. Sans parler de l’ablation des cordes vocales. Je suis désolé pour le chien, mais il est mieux là où il est à présent.»