Jamais en Autriche un homme politique n'avait reçu un tel traitement, digne d'une rock star. Une semaine après sa mort, le dirigeant d'extrême droite Jörg Haider n'en finit plus de susciter les réactions bouleversées parmi ses compatriotes, qui devraient être plus de 50000 samedi à se presser à sa cérémonie d'enterrement dans le Land de Carinthie, dont il était le gouverneur. A Klagenfurt, la capitale régionale, une chapelle ardente a été dressée, des milliers de bougies ont été allumées devant le palais du gouvernorat, tandis que des banderoles accrochées par des ribambelles d'écoliers pleurent «Jörg, le roi des cœurs carinthiens». Mercredi, une messe célébrée en la cathédrale de Vienne a rassemblé des milliers de personnes, mêlant anciens ministres, conservateurs comme sociaux-démocrates, et néo-nazis discrets, identifiables seulement à leur crâne rasé et à la boucle de leur ceinturon affichant un double «s» de sinistre mémoire. Dans les écoles de Carinthie, une minute de silence a été observée durant la semaine à la mémoire de Jörg Haider. Les enfants ont été invités à chanter pour lui, tandis qu'un match de football de première division, devant opposer Klagenfurt à un club de Vienne, a été annulé aujourd'hui «pour respecter le deuil» de la famille Haider.

Louanges et fausses notes

Cet emballement populaire, qui, pour le quotidien Kurier, rappelle celui «autour de Lady Di et de Mère Teresa», a été soigneusement récupéré par les médias, qui s'apprêtent eux aussi à célébrer en grande pompe la disparition d'«un homme politique de grand talent», selon les termes du président de la République, Heinz Fischer (SPÖ, gauche). Ce matin sort dans les kiosques un numéro spécial du tabloïd Österreich agrémenté d'un DVD intitulé «C'était Jörg Haider» et réunissant «les scènes de sa vie, de son ascension, de ses succès [...] et ses meilleurs discours». Sans préciser s'il reprendra ses déclarations sur «la politique de l'emploi réussie» du IIIe Reich (1991), la «fausse couche idéologique» ayant donné naissance à l'Autriche (1986), ou les Waffen SS, ces «hommes honnêtes restés fidèles à leurs convictions» (1995). La télévision publique ORF a, quant à elle, décidé de modifier ses programmes pour diffuser durant deux heures l'enterrement de Jörg Haider, en direct.

Face à ce concert de louanges, la polémique commence à monter. D'autant qu'un coin du voile a été levé sur les circonstances embarrassantes de la mort de Haider. Le leader populiste roulait à 142km/h dans une zone limitée à 70, au moment où s'est produit l'accident. L'autopsie de son corps a aussi révélé qu'il était en état d'ébriété avancé, avec un taux de 1,8 g d'alcool par litre de sang. Dans ces conditions, fallait-il vraiment rendre un hommage aussi appuyé à un homme «qui ignorait tout autant les avis de la Cour suprême sur l'affichage bilingue (en allemand et en slovène, en Carinthie) que le code de la route?» s'interroge, un peu esseulé, l'éditorialiste du quotidien Die Presse.