Comme une pieuvre posée sur un abdomen. Voilà l'image qui saute aux yeux dans ce bloc opératoire des HUG (hôpitaux universitaires de Genève). Da Vinci, le robot, est au travail. Le patient, parfaitement endormi, souffre de reflux gastro-œsophagiens. «Il s'agit de réparer cette défaillance», explique Philippe Morel. Patron de la chirurgie viscérale genevoise, ponte de la transplantation, le professeur couve des yeux son «bébé». Da Vinci a percé trois petits trous dans la paroi abdominale pour s'en aller fouiller, cisailler et suturer. Deux chirurgiens l'assistent. Le premier est au chevet du malade. Une console massive offre au second une vision 3D haute définition des organes traités. Impression que celui-ci, l'œil rivé sur l'écran et les doigts tapotant une série de boutons, joue à un jeu vidéo. «L'humain demeure le maître, c'est lui qui commande le geste, commente le professeur. Da Vinci parfait son geste chirurgical et apporte un confort ergonomique optimal.» Sidérante technique qui, utilisant les nouvelles performances de la radiologie et de la reconstruction des images, permettra bientôt à un chirurgien d'enregistrer son intervention avant de l'effectuer et de confier au robot dirigé par cet enregistrement certaines phases de l'opération.

Nouvelle ère

Conçu par le groupe vaudois Intuitive Surgical, leader mondial dans la chirurgie mini-invasive assistée par robot, Da Vinci a été acquis en 2005 au prix de 2,2millions de francs, «financement assuré par les dons de patients aux HUG», précise Bernard Gruson, directeur général de l'établissement. Ses performances sont telles qu'elles vont ouvrir, selon les spécialistes, une nouvelle ère dans les domaines de la chirurgie abdominale et urologique. Au vu de ces développements «fulgurants», les HUG ont décidé de soutenir l'ouverture de la première école de chirurgie robotique au monde. Elle a prodigué hier jeudi son premier cours à une dizaine de chirurgiens confirmés. Au total, l'école accueillera entre 50 et 80 praticiens par année, venant de Suisse et d'ailleurs. L'originalité de cet enseignement réside dans la possibilité - une première mondiale - d'un entraînement sur cadavres humains provenant de personnes ayant fait don de leur corps à la science. Pour ce faire, l'école a investi dans un second robot (coût 300000 francs) uniquement dédié aux cours. «Et ce n'est pas du luxe, insiste le professeur Morel. Notre robot réduit les complications postopératoires et des infections. On limite ainsi les transferts en soins intensifs dont le prix de la journée est de 2500 francs. En termes de coûts de la santé, on sera gagnant.» Et l'humain dans tout cela? Ce nouveau confrère sans blouse, peu loquace et à l'adresse supérieure? Philippe Morel sourit: «Le médecin n'est pas barricadé derrière le robot, il est en fait plus proche du patient, avant et après l'intervention, il doit expliquer, rassurer.»

En parallèle, la direction des HUG a apporté son soutien à la création d'une plate-forme de développement sous l'égide de la Fondation pour les nouvelles technologies chirurgicales (FNTC). «Elle vise à développer les outils robotiques, en rassemblant les compétences exceptionnelles pour un si petit territoire qu'est la Suisse occidentale de l'industrie, des hôpitaux et des hautes écoles», déclare son président, l'ancien conseiller d'Etat valaisan Serge Sierro, actuel président de l'Assemblée jurassienne. La plate-forme associera le CHUV à Lausanne, l'Hôpital de Fribourg, l'Inselspital à Berne et bien sûr les HUG.