«C'est ici que Milena et Albert se sont rencontrés, ici qu'ils se sont aimés, puis déchirés. Lui faisait une thèse à l'Ecole polytechnique, elle venait de Serbie pour étudier. Deux savants brillants qui n'ont pas réussi leur union.» Depuis l'esplanade du Lindenhof qui surplombe la Limmat, la guide pointe du doigt les bâtiments de l'EPFZ. Albert Einstein y a été professeur avant de partir pour Berne, puis Berlin et de connaître la gloire en recevant le Prix Nobel de physique. Durant ses premières années de recherche, une femme était à ses côtés et leur tumultueuse histoire a pour toile de fond la ville de Zurich.

Depuis le mois de juillet, l'office du tourisme de la ville propose un tour thématique intitulé «Love stories». On flâne deux heures durant sur les traces d'amants célèbres. Pestalozzi et Anna y côtoient Richard Wagner et Mathilda, muse qui inspira le fameux Tristan et Iseult. Ou Albert et Milena, dont voici un résumé de leur rencontre helvétique.

Nous sommes en 1896, Albert, amoureux sans un sou, séduit sa belle à coups de lettres enflammées. Quatre cents d'entre elles ont été mises aux enchères par Christie's il y a quatre ans, levant le voile sur la vie personnelle du savant. On y découvre un Einstein romantique, se languissant de Milena repartie en Serbie pour y accoucher de leur fils. Mais au cours des années, le ton se durcit.

Entre-temps, le couple s'est marié et Madame se sent bien inutile au foyer. A contrecœur, elle a suivi son mari à Berlin. Leur union bat de l'aile, et Einstein, impérieux, impose alors à sa femme des conditions pour que leur mariage perdure: elle devra renoncer désormais à toute intimité avec lui mais continuera à s'occuper de son linge et de ses repas. En contrepartie, il lui assure le confort financier. Lasse, Milena finit par retourner en Suisse et Einstein se remarie à Berlin.

De quoi avait l'air Albert, jeune? Et Zurich avec de belles calèches aux sièges damassés? Cinq femmes écoutent la guide Ursula Pieper narrer les aventures du physicien, et hochent la tête. En plissant les yeux et avec beaucoup de concentration, on se prend à imaginer Albert et Milena, cheminant côte à côte dans la vieille ville. Les touristes, principalement des femmes, «parce que l'amour est plus important pour elles que pour les hommes», sont souvent elles-mêmes Zurichoises. A l'image d'Astrid, 45 ans, elles sont venues «redécouvrir leur ville» et rêver, peut-être, quand elles arpenteront la Limmatstrasse à des images romanesques d'époques révolues.

Tour de ville «Love stories», dim. 11 h, lun.14 h. Office du tourisme de Zurich, Gare centrale, 01 215 40 00.