Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

EUROVISION

Dana, transsexuel israélien, séduit l'Eurovision à la barbe des religieux

Le succès de Dana International à l'Eurovision n'a pas laissé insensible la jeunesse israélienne. Samedi dans la nuit, les manifestations de joie se sont multipliées.Condamnée sans appel par les autorités morales dures du pays, Dana incarne un esprit de tolérance et de respect des différences que les jeunes revendiquent

Il avait plu, mais cela n'expliquait pas ce lourd silence dans les rues de la métropole israélienne. En fait, la plupart des habitants de la ville avaient les yeux rivés sur leurs téléviseurs. Et lorsque tard dans la soirée de samedi Dana International fut sacrée reine de l'Eurovision à Birmingham, des manifestations de joie éclatèrent aussitôt dans le centre de Tel-Aviv.

De jeunes Israéliens se mirent à danser, à chanter, à faire la fête, comme pris soudain d'une folle ivresse. Ils descendirent vite dans la rue pour manifester leur joie. Mais on aurait tort de voir dans le succès musical de Dana l'unique raison de cette euphorie.

Un symbole

Ces manifestations spontanées dans les rues prirent très vite un aspect anti-coercition religieuse. Cette transsexuelle, c'est une chanteuse, mais aussi un symbole. Dana international représente en effet pour beaucoup les aspirations à une société tolérante, ouverte et respectueuse du droit à la différence. Donc rien d'étonnant à ce que les yuppies, babas cool et autres intellectuels de gauche voient en elle une figure de proue dans la lutte contre l'emprise grandissante de la religion sur la société israélienne.

Dimanche matin à Jérusalem, les religieux au visage encadré d'anglaises, coiffés de la calotte traditionnelle, faisaient grise mine. Pour eux, il n'y avait pas de quoi pavoiser. Dana international, porte-drapeau de la liberté des mœurs, ne serait, selon eux, que la représentante d'une société amorale et décadente. Conséquence, ils la vouaient aux gémonies.

«En permettant à cette créature de Sodome et Gomorrhe de s'exhiber sur scène face à des centaines de millions de téléspectateurs nous avons souillé le nom d'Israël. Que l'Eternel nous pardonne…», marmonna un rabbin sépharade, tout entier drapé dans son indignation. Le rabbin appela avec véhémence le gouvernement à interdire les spectacles et expositions contraires «à la décence et aux enseignements talmudiques».

Le théâtre aussi visé

Déjà le 30 avril dernier, au cours des festivités du cinquantenaire d'Israël, la censure religieuse s'était exercée sur la compagnie de danse Batsheva, pour une séance quelque peu déshabillée. Refusant de s'incliner devant les oukases des ministres religieux Yitzhak Lévy et Shaoul Yahalom, détenteurs respectivement des portefeuilles de la Culture et des Transports, les danseurs de la compagnie Batsheva s'étaient retirés sur la pointe des pieds.

Mais depuis les artistes israéliens sont en pleine effervescence. Ils descendent volontiers dans la rue, tenant à bout de bras des pancartes de protestation. Shoulamit Aloni, ex-ministre de la Culture dans le Cabinet d'Yitzhak Rabin, s'inquiète de la montée de l'intolérance et du fanatisme.

Elle cite en exemple le refus d'un député du Parti national religieux de voir attribuer au plus fameux écrivain israélien, Amos Oz, le Prix Israël de littérature, pour avoir décrit le mouvement Goush Emounim (le Bloc de la Foi) comme «une secte cruelle et messianique».

Israël est-il à la veille d'une guerre culturelle entre les tenants de deux types de société totalement opposés? En tout cas Dana International se dit déjà prête à monter aux barricades.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo société

Au Vietnam, on se nourrit volontiers de serpents

Les Vietnamiens sont friands de serpents. On y voit l'influence de la tradition chinoise. Mais la pratique choque, y compris dans les villes du pays

Au Vietnam, on se nourrit volontiers de serpents

n/a