Le Monde n'est pas le seul quotidien à se porter mal. Plusieurs autres titres européens voient leur position menacée, notamment par la baisse régulière de la publicité depuis le pic de 2000 et le vieillissement du lectorat.

En France, Libération, qui avait perdu 550 000 euros en 2003, verrait ses pertes s'élever à 2 millions cette année, selon The Economist. Malgré cela, un second candidat à un investissement massif dans le titre créé par Jean-Paul Sartre s'est fait connaître lundi. Outre Vincent Bolloré, le financier Edouard de Rothschild offre d'investir, à titre personnel, 20 à 25 millions d'euros dans le journal, ce qui lui donnerait environ 30 à 35% du capital. «Libération a toutes les qualités pour être le moteur d'un groupe de presse diversifié que je veux construire», a-t-il expliqué au Figaro. Le lancement des gratuits Metro et 20 Minutes (500 000 et 750 000 exemplaires) a fragilisé les quotidiens nationaux dans un pays où la diffusion reste modeste par rapport à celle de ses voisins (380 000 exemplaires pour Le Monde et 350 000 pour Le Figaro contre 900 000 pour le Daily Telegraph et 430 000 pour la Süddeutsche Zeitung).

En Grande-Bretagne, le Financial Times semble se préparer à se séparer d'une tranche de ses 500 journalistes. Le rédacteur en chef a envoyé un message à la rédaction mardi pour «jauger l'intérêt» de celle-ci pour un programme de départs volontaires en 2005. Depuis 2000, les revenus publicitaires du FT ont baissé de 60%. Ses pertes étaient de 45,7 millions d'euros en 2003. Après The Independent et The Times en Grande-Bretgne, trois groupes allemands ont lancé, au cours des six derniers mois, des produits au format tabloïd. En mai, Holtzbrinck, éditeur de Die Zeit, a créé 20 cent à Cottbus. Une filiale du même groupe a choisi Francfort pour commercialiser News alors qu'à Cologne le Kölner Stadtanzeiger Direckt paraît depuis octobre. Welt Kompakt, propriété d'Axel Springer éditeur de Die Welt, lui, est disponible à Berlin, Francfort, Munich et Düsseldorf depuis six mois. Vendu 50 cents (contre 2 euros pour Die Welt), il est une tentative de rajeunissement du lectorat du quotidien de référence. La moitié de ses lecteurs ont entre 18 et 35 ans, et un sur deux ne lit que rarement le journal. Dans un marché sclérosé (deux créations de titres seulement en soixante ans), cette expérience est suivie avec un intérêt particulier: si 85% des personnes âgées de 40 à 69 ans lisent régulièrement un quotidien, la proportion tombe à 72% pour les 30-39 ans et à 63% pour les 20-29 ans, selon une étude de la Fédération allemande des éditeurs. Les ventes des journaux en Allemagne ont reculé de près de 3% au troisième trimestre 2004 par rapport à la même période de 2003.