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Danielle, 65 ans, idole des adolescents

Les youtubeurs envahissent la Suisse le temps d’un week-end dans le cadre du Royaume du web, à Genève. Parmi eux, une équipe des plus atypiques composée d’Arthur et de Danielle, trente-huit ans d’écart. Entretien avec le duo au cœur du projet «Studio Danielle»

Du 3 au 6 octobre, la troisième édition du Royaume du web rassemble les YouTubeurs et YouTubeuses et les influenceurs et influenceuses du moment à Genève. Parmi eux, Studio Danielle: une équipe incongrue composée de Danielle, 65 ans, et Arthur, de 38 ans son cadet.

Le projet a débuté alors que Danielle, Normande d’origine, s’occupait à Paris du grand-père d’Arthur en tant qu’aide-soignante. Son innocence et son franc-parler ont tout de suite conquis le jeune homme qui, avec son accord, s’est mis à la filmer au quotidien. Réactions spontanées aux questions d’Arthur, saut en parachute, battles de rap: la sexagénaire se retrouve dans toutes sortes de situations. Au fil du temps, ces vidéos postées sur les réseaux sociaux ont connu un franc succès – 800 000 abonnés sur YouTube – auprès des adolescents, séduits par le décalage entre Danielle et leur génération. Rencontre avec ce duo de choc.

Le Temps:  Vous venez à Genève pour trois jours: première fois en Suisse, première fois au Royaume du web, mais avez-vous déjà participé à des événements semblables?

Arthur: On a déjà fait des séances dédicaces et des photos dans des centres commerciaux, mais des rassemblements comme ça, avec différents youtubeurs, non. C’est la première fois et je pense que c’est assez gros. C’est aussi la première fois qu’on est présent plus d’un jour. J’appréhende un peu, parce que je n’ai aucune idée de l’ampleur de l’événement et j’espère que Danielle ne va pas prendre peur en voyant tout ce monde.

Danielle: Ah bah, non!

A: Généralement, les gens sont très bienveillants avec elle, ils savent qu’elle n’est pas habituée à ce genre de choses. C’est une nouvelle expérience pour nous et on se réjouit!

Danielle, vous avez 65 ans et êtes issue d’un milieu ouvrier. Comment vivez-vous ce bouleversement de «carrière»?

D: Ça a changé ma vie et c’est grâce à Arthur. Par exemple, avant, je n’avais jamais fait de voyage, parce qu’on n’était pas très riches chez nous en Normandie. Là, j’ai pu visiter Dubaï, les Etats-Unis, l’Italie… Maintenant, je suis vraiment heureuse.

A: Mais avant, tu étais heureuse aussi, non?

D: Oui, oui, j’étais heureuse. Là, c’est un petit plus. Ça me fait une deuxième jeunesse! J’ai toujours 20 ans moi.

A: Ça fait sept ans que je la connais et elle n’a pas vieilli d’un poil, au contraire.

D: Oui, parce que je n’ai que des amis jeunes aujourd’hui!

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Vous finissez toujours les vidéos par «abonnez-vous à ma chaîne YouTube, même les personnes de mon âge». C’est vrai que les plateformes sur lesquelles vous apparaissez sont plutôt fréquentées par les jeunes – ce sont également eux qui vous reconnaissent dans la rue?

D: Oui, il y a beaucoup de jeunes. Mais par exemple, je suis revenue du pressing avec Arthur tout à l’heure et une dame de mon âge m’a arrêtée et m’a dit: «Continuez à faire ça!» Elle a été très malade et m’a raconté que sa fille a découvert mes vidéos et les a partagées avec elle. Elles ont pris l’habitude de les regarder ensemble pour se changer les idées. […] J’habite aussi près d’un lycée, donc quand je sors, les élèves viennent tous me voir! Ils sont tellement adorables.

Ressentez-vous un décalage générationnel entre eux et vous?

D: Non, non, pas du tout! J’ai l’impression d’avoir leur âge. Grâce à eux, je reste jeune.

Arthur, vous êtes à l’origine de ce projet. Pensiez-vous que cela prendrait une telle ampleur?

A: Les premières fois que j’ai filmé Danielle, elle n’était pas au courant. Je le faisais en cachette parce qu’elle ne savait même pas qu’un téléphone pouvait filmer. Je la filmais vraiment parce qu’elle me faisait rire, je la trouvais très attachante et j’envoyais les vidéos à mes meilleurs amis. Elle les faisait marrer aussi.

Je me suis dit que si ça marchait avec eux, ça pourrait avoir le même effet sur d’autres gens. Elle pouvait dire n’importe quoi, elle faisait rigoler tous les membres de ma famille. Quand j’ai commencé à mettre les vidéos sur internet, je lui ai évidemment demandé si elle était d’accord. Au début, je me disais que ça allait forcément marcher mais je ne pensais pas qu’on en arriverait où on en est aujourd’hui.

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Vous êtes souvent derrière la caméra, mais vous arrive-t-il d’être reconnu dans la rue, vous aussi?

A: Ça m’arrive, mais beaucoup moins souvent qu’elle. Quand les gens nous voient tous les deux dans la rue, ils nous arrêtent. Moi je joue plutôt au photographe, je prends la photo souvenir des gens avec Danielle. Parce que c’est elle qui est au centre des vidéos. Peut-être qu’on reconnaît ma voix, mais moins mon visage.

Vous préférez être devant, ou derrière la caméra?

A: Les deux me vont. Quand c’est une nouvelle expérience, ou que c’est Danielle qui découvre quelque chose, je préfère filmer pour capturer ses réactions les plus naturelles possible. Je pense surtout que les gens aiment cet échange entre ma voix et Danielle face à la caméra. Mais ça ne m’embête pas non plus quand on fait des vidéos tous les deux. Tant que ça marche, que Danielle est heureuse et qu’on continue à rigoler, c’est l’essentiel.

Y aurait-il un «Studio Danielle» sans Arthur?

D: Ah non, ça ne serait pas possible sans Arthur.

A: Non. On est un duo. On travaille ensemble et on se complète. Et de toute façon, Danielle ne pourrait pas publier des vidéos toute seule, elle ne sait pas comment faire! Donc si elle veut me virer bah… elle ne peut pas!

Danielle interagit-elle avec les fans sur les différentes plateformes?

A: Elle voit les commentaires, mais elle ne sait pas répondre. Elle possède ses propres comptes Instagram et Facebook, mais je lui ait interdit de commenter avec ceux-là, parce que si les gens trouvent son vrai compte et l’ajoutent comme amie, elle reçoit plein de demandes et panique parce que son téléphone sonne.

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Au départ, c’était vous qui décidiez des thématiques des vidéos. A-t-elle son mot à dire aujourd’hui?

A: La plupart du temps pour les «stories» ou les vidéos Instagram, c’est Danielle qui donne l’idée. Ce n’est pas moi qui cherche forcément. Après, pour les vidéos plus longues sur YouTube, oui, il y a un travail d’écriture plus important. Mais Danielle n’est jamais mise au courant, justement pour qu’elle puisse garder son authenticité, son naturel. C’est ce qui fait son charme.

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