Des danseurs en bande, dans la poche. Des nus, des crus, des estomaquants, des estomaqués, des drôles, des doux, des fantasques. La nouvelle saison de l’Association pour la danse contemporaine à Genève se glisse dans la poche intérieure d’un smoking ou d’un blouson de cow-boy. Elle tient sur un livret taille allumette: dix-huit pièces, du 29 septembre au 24 juin.

On y trouve des grands noms qui donnent envie que le temps soit élastique: la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin, dont chaque geste s’enracine dans une blessure; l’Espagnol Israel Galvan, cet ardent qui reformule les lois du flamenco; l’Italo-allemand Marco Berrettini, ce décalé qui infuse son spleen; la Genevoise Cindy Van Acker, cette bourlingueuse de l’ombre que Nietzche et Euclide inspirent.

Derrière cette affiche, il y a Claude Ratzé et son équipe. Ils fêtent depuis l’automne passé les trente ans de l’Adc et comme ils ont le goût des belles choses ils prolongent la saison prochaine. «Pour marquer le coup, nous avons souhaité reprendre des pièces qui ont frappé notre public ces dernières années et qui sont toujours au répertoire de leurs compagnies, explique Claude Ratzé. C’est ainsi que nous programmons La Pudeur des icebergs, ode à la nudité, si on veut, du Québécois Daniel Léveillé. Du même artiste, nous proposons Solitudes duo, une œuvre dingue sur la solitude qu’on peut ressentir en couple. L’Arsenic de Lausanne accueille parallèlement deux autres de ses pièces.»

Le ballet du Grand Théâtre en piste

Avoir trente ans, c’est aussi soigner les compagnonnages au long cours. Foofwa d’Imobilité et Jonathan O’Hear se feront sans doute encore, à leur façon excentrique, les médiums de notre époque, comme ils viennent de le faire dans Don Austérité. Cindy Van Acker, elle, s’inspirera du compositeur Luigi Nono et de son Quando stanno morendo pour son Zaoum - dès le 30 novembre. La même artiste lancera les Journées suisses de danse contemporaine avec Elementen III- Blazing Wreck.

Particularité: elle projettera dans sa toile magnétique les danseurs du Ballet du Grand Théâtre. On se réjouit de cette rencontre entre une compagnie superbement affûtée et une personnalité qui a l’art de cartographier des territoires intérieurs. Mais on s’étonne aussi: cette création n’est programmée qu’une seule fois, le 1er février au Bâtiment des forces motrices, ce qui est peu au vu des moyens engagés. Reste à espérer qu’elle connaisse son envol par la suite, comme le fameux Loin, naguère, de Sidi Larbi Cherkaoui.

Une légende tout près du corps

Les bons plans ici. Les adeptes du flamenco graveront dans la mémoire de leur smartphone la date du 20 mars: Israel Galvan régnera sur le BFM avec son FLA.CO.MEN. Les cœurs en déshérence embarqueront dans le chavirant Taxi-Dancers de Marie-Caroline Hominal – dès le 2 novembre. Les féministes tendance joueuse se frotteront à la danseuse et chorégraphe danoise Mette Ingvartsen qui signe 69 positions. Avoir trente ans, c’est encore cultiver sa légende: Le journal de l’Adc devrait la décliner en bande dessinée dans un numéro de rentrée qui promet d’être un collector. La danse est une histoire de ligne, non?


Rens. http://www.adc-geneve.ch