Arpenter les greens écossais un club de golf à la main, voilà comment Pascal Bonvin, cadre de 52 ans au Credit Suisse, a choisi de travailler son anglais. Il s’est envolé au début de l’été pour Edimbourg chez un professeur particulier. Après sa leçon quotidienne de langue, les putts et les drives ont pris le relais.

Cours le matin et sport ou loisir l’après-midi, c’est la nouvelle formule gagnante des séjours linguistiques pour adultes. L’offre s’est considérablement diversifiée ces dernières années et, comme ce Genevois, ils sont de plus en plus nombreux à opter pour des stages à thème: italien et œnologie, tango et espagnol… L’imagination des écoles ne semble pas connaître de limites. En haut de l’affiche cet été: anglais et cours de cuisine dans l’école du célèbre chef britannique, Jamie Oliver à Brighton.

«Ces séjours sont de plus en plus demandés depuis trois ou quatre ans et plus encore depuis l’an passé», dit Gautier Oudot responsable de l’école ESL pour la Suisse romande. Les entraînements sportifs ne sont plus réservés aux adolescents et l’organisme helvétique a élargi son offre pour séduire les plus de 20 ans. En juillet-août, plusieurs dizaines des élèves de l’ESL ont arpenté, comme Pascal Bonvin, les greens britanniques. Et environ un sur cinq choisit désormais d’allier les classiques cours de langue à une activité sportive ou culturelle, malgré le coût supplémentaire. Chez ESL, un séjour de deux semaines à New York avec cours standard coûte environ 1800 francs. Le même avec stage de danse s’élève à 2300 francs en moyenne.

«Le golf, est une autre manière de pratiquer l’anglais, et c’est moins astreignant que deux cours de langue par jour. Je voulais prendre du plaisir», explique Pascal Bonvin, qui a profité d’un congé sabbatique de trois mois accordé par son employeur pour s’envoler en Ecosse. Il a choisi une formule comprenant des cours de langue privés quotidiens et trois à quatre après-midi de golf par semaine. «Je voulais améliorer mon anglais pour mon enrichissement personnel, dit-il. Mais aujour­d’hui, la maîtrise des langues est essentielle dans le secteur bancaire, surtout à Genève. Pratiquement pour toutes les personnes que nous engageons, les langues font la différence.»

Les actifs, dès lors, sont de plus en plus nombreux à plébisciter les séjours linguistiques. Et ils forment une clientèle exigeante. Les moins de 30 ans optent souvent pour les sports alors que les étudiants plus âgés se tournent plus volontiers vers la cuisine ou l’œnologie. Les activités sont presque toujours des traditions locales comme le yoga en Inde ou l’histoire de l’art à Florence. On peut aussi étudier l’architecture de la région ou profiter d’une thalassothérapie. Chez ESL, la danse tient la vedette, devant la plongée et le surf.

Plusieurs autres écoles proposent des formules spéciales pour les cadres. «Notre séjour dans le Devon qui allie des cours d’anglais des affaires à des leçons de golf rencontre beaucoup de succès, dit Camille Chavanne, de l’établissement Contacts. Il s’agit essentiellement d’une clientèle d’actifs âgés de 40 à 50 ans.» Le prix de ces stages n’est pas à la portée de l’étudiant moyen, il faut compter 2940 euros la semaine. L’école Effective, basée à Bordeaux, offre de son côté des cours d’anglais pour les seniors accompagnés de la découverte du patrimoine maltais, une plongée dans l’architecture américaine des années 1950 destinée aux architectes, architectes d’intérieur et décorateurs, ou encore un séjour english-spa en Californie.

Les séjours à thème sont l’occasion de vivre des expériences originales. Pascal Bonvin espérait pouvoir jouer sur le mythique green de St Andrews au terme de ses trois semaines d’entraînement, ce qui fut fait. Vanessa, étudiante romande de 25 ans, rêvait de son côté de danser à New York. Elle est partie dans la Grande Pomme deux semaines au mois d’avril pour prendre des cours d’anglais le matin et de hip-hop et dancehall l’après-midi. «La danse m’a beaucoup aidé pour la langue, dit-elle. Dans les stages, tout le monde parlait couramment anglais à part moi, et je me mettais beaucoup de pression pour comprendre. Ça m’a aussi permis d’apprendre dans un autre contexte. J’entendais beaucoup de blagues et d’expressions. Surtout, j’ai l’impression d’avoir vécu une expérience unique à New York, d’avoir vu la ville sous un autre jour. Je pratiquais une activité avec des habitants et ça me faisait penser aux paroles de cette chanson de Sinatra: «I want to be a part of it, New York, New York…» Vanessa se verrait bien repartir à Londres, toujours avec ses chaussons.

Ludiques, adaptés aux exigences des professionnels, les séjours linguistiques sont plus demandés que jamais. Et s’ils permettent aux cadres de muscler leur swing en même temps que leur CV, ils ont encore de beaux jours devant eux.

Les actifs sont de plus en plus nombreux à plébisciter les séjours linguistiques. Et ce sont des clients exigeants