La plupart des entreprises, encore peu confrontées à la question du du voile, n'ont guère de position définie. On attend de voir pour aviser.

A la Coop, principal concurrent de Migros, on veut fonctionner au cas par cas. Mais, s'empresse-t-on de préciser, la tolérance doit prévaloir dans les deux sens. La plupart du temps, c'est d'abord le souci du client satisfait qui reste la priorité. Et parfois, comme au Credit Suisse, c'est l'intérêt du client qui incite à juger «inappropriée» la mise en évidence de symboles religieux – ou portés avec ostentation.

Récemment, Denner s'est trouvée confrontée à la question. L'épouse du gérant d'un satellite zurichois a eu les honneurs de la télévision. Car elle porte le voile à la caisse. «Nous avons reçu quelques lettres incendiaires», constate la porte-parole. «Mais les gérants travaillent de manière indépendante. Dans nos succursales, il est conseillé de ne pas porter le voile pour éviter des débordements.» Bien souvent, comme aux CFF, le port obligatoire d'un costume de travail permet d'esquiver la problématique.

Pourtant, «la question mérite un débat même si le climat ambiant, celui de la lutte anti-terroriste, n'est pas optimal». Directrice adjointe du Forum suisse pour l'étude des migrations et de la population, Denise Efionayi reconnaît la complexité du problème, surtout dans un pays peu habitué aux mots d'ordre. Pour l'aborder un jour au niveau national, «il faudrait essayer de faire un état des lieux et de fournir un service de coordination. Cela pourrait par exemple émaner de la commission fédérale des étrangers ou de la commission de lutte contre le racisme.»

Prudence. Trop d'intervention paraît inadéquat. «Il ne faut pas le nier: une peur s'est installée face à une forme d'islamisme dangereux et rampant, poursuit Denise Efionayi. Et on ne peut pas l'ignorer. Je comprends la remise en question du voile dans un lieu comme l'école publique. Mais il ne faut pas, dans les autres domaines, ignorer les risques de braquer les communautés musulmanes.»