Son nom est David Gréa mais chez lui à Lyon il est parfois appelé David Guetta. Parce qu’il est bel homme, qu’il est apparu sur Twitter en col romain et sabre laser façon Star Wars et qu’il ouvre chaque dimanche son église Sainte-Blandine au groupe Glorious qui joue de l’électro-pop-louange, une musique aux thèmes évangéliques avec guitare, basse, batterie et synthé. Mais c’est pour une tout autre raison que la France parle ces jours-ci du père Gréa: il vient d’annoncer qu’il souhaitait s’engager dans la vie conjugale. Autrement dit, le jeune curé (46 ans) est amoureux et veut se marier. Ce qui est incompatible avec ses fonctions. Il a fait lire dimanche dernier par le vicaire général une lettre d’adieu à ses ouailles lors des messes de 10h30 et 18h30: «Il y a quelque temps, j’ai commencé à construire une relation avec une femme avec laquelle je pense que Dieu m’appelle à vivre. Je découvre une joie insoupçonnée qui me semble dans la continuité de ce que j’ai vécu jusque-là en me donnant corps et âme à votre service.»

Fidèles en pleurs

Stupeur sous la nef. Nicolas Ballet, journaliste au Progrès et grand spécialiste religieux, présent à l’office du matin, raconte que des fidèles ont pleuré à l’annonce du départ de leur cher curé. «Quand tant d’églises se vident, lui a rempli la sienne, jusqu’à 600 personnes. Il est très populaire, il a bousculé les codes de la messe avec une proximité avec les croyants, des chants rock, une scène, des écrans géants avec zoom sur le curé, des poufs pour les enfants, un espace pour que les sans-abri se restaurent. Son église s’est muée en cocon ouvert», témoigne Nicolas.

Beaucoup de prêtres mènent une double vie, lui s’est affiché

Le diocèse de Lyon fait dire par l’évêque auxiliaire Emmanuel Gobilliard que le père Gréa ne souhaite pas s’adresser aux médias pour le moment: «Il quitte sa paroisse ce qui est douloureux pour tout le monde car il y a passé six années, il prend donc le temps nécessaire du discernement et du recul.» Accompagné du Primat des Gaules, le cardinal Barbarin, le père Gréa a rencontré le pape François «qui l’a écouté avec bienveillance et a honoré sa démarche d’intégrité». Nicolas Ballet qui connaît bien David Gréa salue son honnêteté «car quand beaucoup de prêtres mènent une double vie, lui s’est affiché».

Soutane «intello»

David Gréa est né à Lyon dans une famille ouvrière d’origine jurassienne. Lorsqu’il entre dans les ordres en 2000, il est vite classé dans la catégorie des soutanes «intello». Sa thèse de théologie qui l’envoie étudier à Rome et à Oxford porte sur le cardinal John Henry Newman, prêtre anglican converti au catholicisme en 1845, béatifié en 2010 par le pape Benoît XVI. Dans le même temps, le père Gréa est proche des curés des pauvres comme Christian Delorme, ces ecclésiastiques très impliqués dans le dialogue interreligieux, qui maraudent la nuit pour tendre du thé et des couvertures aux gens de la rue, qui débattent avec les athées. Pas étonnant donc que la première paroisse du père Gréa fut celle de Villeurbanne, banlieue lyonnaise sinon chaude du moins tiède face aux «croisés». Grosse population nord-africaine, des pieds-noirs aussi, des Arméniens, des Juifs. «Il y a développé un ancrage social» affirme Nicolas Ballet.

Prêche électrique

Monseigneur Barbarin qui a un œil sur ce jeune curé en jeans et chemise le nomme dans le quartier de la Confluence, cette presqu’île entre Rhône et Saône. Le faubourg jadis malfamé où prostituées et canailles battaient les pavés de la gare Perrache, s’est mué à coups de rénovation et de réaffectation en quartier branché, très bobo. «Le risque était que la Confluence devienne un ghetto de riches» souligne Nicolas Ballet. Le père Gréa va y inventer la paroisse de demain au sein de l’église Sainte-Blandine, en forçant la mixité. L’église est remplie de cathos propres sur eux, aux sons de Glorious, ce groupe que David a imposé dans son autel et que le pape François a lui-même reçu en audience privée au Vatican. La petite bourgeoisie lyonnaise pratiquante adore.

Le célibat est une croix, le fait de ne pas avoir d’enfant est une vraie souffrance. Mais il y a une richesse dans le creux et le manque et une disponibilité du cœur

Mais juste en face à Sainte-Blandine, le père Gréa ouvre une maison des familles, home pour les expatriés, les abîmés de la vie, les errants. Et puisque ce curé branché veut dynamiser une église sclérosée, il devient adepte des réseaux sociaux, est très connecté, rend grâce à ses followers, poste les concerts de Glorious et monte à la Patinoire Charlemagne de Perrache une méga Church où 3000 fidèles chaloupent sous les watts de la pop louange (un million de vues sur YouTube).

L’esprit de la force

Lorsque sort en décembre 2015 un opus de Star Wars, le curé pose avec un sabre laser et la légende: «La force et pas n’importe laquelle, celle de l’Esprit Saint!»

Cet esprit ne l’a pas quitté, croit savoir Nicolas Ballet. David Gréa devrait même continuer à œuvre au sein de l’église, en qualité de laïc. «Renoncer à la sexualité m’a longtemps effrayé» avait confié le futur époux au journal «La Croix». Son mariage va relancer le débat autour du célibat des prêtres. Le père Gobilliard confie: «Le célibat est une croix, le fait de ne pas avoir d’enfant est une vraie souffrance. Mais il y a une richesse dans le creux et le manque et une disponibilité du cœur.» David Gréa pourra-t-il célébrer son union dans une église? Hésitation du père Gobilliard: «Sa réduction à l’état laïc pose question, il faudra une dispense papale».


Profil

1970: naissance à Lyon

2000: entre dans les ordres

2010: premières messes pop à l’église Sainte-Blandine

2017: quitte les ordres, annonce qu’il va se marier