Les lacs de Bienne, Neuchâtel et Morat ont atteint ces derniers jours des niveaux élevés. Avec respectivement 429,63, 429,91 et 429,91 mètres, ils dépassaient tous trois d'une cinquantaine de centimètres, mardi en milieu de journée, l'altitude qu'ils avaient plus ou moins gardée depuis la mi-février. Le lac de Neuchâtel a même rejoint en ce début du mois d'avril la valeur maximale atteinte en cette période de l'année depuis 1983. Le phénomène représente-t-il une simple curiosité ou annonce-t-il des inondations, alors que des précipitations sont annoncées au milieu de cette semaine? Telle est aujourd'hui la question.

«Nous surveillons attentivement la situation», confie Jean-Claude Bader, responsable de la régulation des lacs et de l'hydrométrie du canton de Berne. L'homme est particulièrement bien placé pour parler du problème puisqu'il a sous sa responsabilité l'ouvrage hydrologique clé dans cette affaire: le barrage de Port qui, placé en aval du lac de Bienne, lui-même situé en aval des lacs de Neuchâtel et de Morat, commande l'écoulement des eaux de toute la région. Et quelle région! En tant que «bassin versant de l'Aar», elle représente à elle seule le quart du territoire suisse et abrite des rivières descendant aussi bien du Jura (la Douanne) que des Préalpes (la Sarine) et des Alpes (l'Aar).

600 m3 à la seconde

Depuis plusieurs jours, le barrage de Port évacue toute l'eau qu'il peut du lac de Bienne, à savoir 600 m3 à la seconde. C'est le débit maximal autorisé au terme de l'accord intercantonal régissant ce jeu de vase communicant. Au-delà, les cantons situés en aval, soit Soleure et Argovie, risqueraient de subir des inondations. Les trois lacs demeurant actuellement légèrement en dessous de la cote d'alerte, une telle mesure leur suffit. Mais, dans l'absolu, il vaudrait mieux les délester davantage, afin de prévenir tout risque à moyen terme en cas de fortes précipitations. Or, justement, des pluies étaient attendues mardi après-midi de manière imminente.

MétéoSuisse annonçait dans son troisième bulletin de la journée des précipitations dans la nuit de mardi à mercredi, suivies d'averses intermittentes et localement abondantes, accompagnées d'un abaissement de la limite de la neige de 1500 à 700 mètres. Avant un retour du beau temps à partir de jeudi. Ces prévisions sont considérées comme moyennes par les hydrologues de la région. Mauvaises en ce qui concerne les chutes de pluie, elles sont bonnes au chapitre des températures, puisque le retour du froid va ralentir, et peut-être même arrêter tout à fait, la fonte des neiges, l'une des principales causes, en cette saison, du niveau élevé des lacs.

Des inondations ont par conséquent peu de chance de survenir ces tout prochains jours. Mais la neige s'accumule à nouveau sur les hauteurs et devra bien fondre un jour ou l'autre pour se déverser en plaine. Le risque, en fait, n'est que reporté.