Savoir si un embryon est une personne à part entière ou non est un vieux débat. Ceux formés par clonage ne seraient formés que de quelques centaines de cellules. Le système nerveux n'a pas commencé à se développer, l'embryon n'a donc aucune perception. Est-ce néanmoins déjà un être humain? En Grande-Bretagne, une commission d'éthique a commencé un vaste sondage d'opinion avant de prendre bientôt une position officielle notamment face à cette question. En attendant, la plupart des chercheurs précisent que l'embryon est un ensemble de cellules, qui ne devient pas immédiatement un être sensible. «Il est insoutenable de conférer à un ovule fécondé ou à un embryon avant qu'il ne devienne un fœtus les mêmes droits qu'à un être humain», répond Alex Mauron, professeur de bioéthique à l'Université de Genève.

Aujourd'hui, un certain nombre de connaissances médicales permettent en effet de clarifier les discussions. En gros, on peut diviser le développement d'un embryon en trois phases.

Pendant la première, qui dure jusqu'au quatorzième jour après la fécondation, toutes les cellules formant le futur enfant sont totipotentes. Elles sont encore capables de se spécialiser pour développer n'importe quel tissu du corps humain. De plus, avant ce moment, les cellules ne sont pas tenues ensemble très solidement. Il est donc possible à tout instant que l'embryon se divise en deux et que se développent de vrais jumeaux. Ou inversement, cas très rare, que deux faux jumeaux fusionnent pour devenir ce que l'on appelle une chimère.

La deuxième phase dure jusqu'au troisième mois environ après la gestation. Le cortex cérébral n'est alors pas totalement formé. Le système nerveux ne s'est pas encore constitué autour du cerveau, ce qui signifie que l'embryon n'est pas encore un être doué de sensations.

La dernière phase est celle du fœtus et dure jusqu'à la naissance.

«Le débat autour de la question de savoir si un embryon est une personne n'est aujourd'hui plus vraiment éthique mais plutôt philosophique, explique Bernard Baertschi, maître d'enseignement et de recherche au département de philosophie à l'Université de Genève. Tout le monde s'accorde à dire, en effet, que, si un embryon était une personne, alors il ne faudrait pas le manipuler.

Seulement, ce constat n'est pas si évident.» Et d'ajouter que la définition généralement admise aujourd'hui et depuis longtemps est celle d'Aristote: un être est une personne si elle est douée de raison.

Dès ce moment, deux extrêmes peuvent se dessiner. Les uns estiment qu'il faut protéger l'embryon dès la fécondation de l'ovule puisque ce dernier a la potentialité de développer une raison par la suite. Cette position est défendue notamment par les différentes fois religieuses. Les autres, à l'instar de penseurs tels que Hugo Engelhardt, directeur du Kennedy Institute of Bioethics aux Etats-Unis, estiment au contraire que la raison est inexistante tant que le bébé ne s'est pas manifesté en disant ou en pensant «je». Ce qui ramène la limite une année ou deux après la naissance.

La grande majorité de la population se trouve entre ces deux positions. Selon elle, cela n'a pas de sens de parler de raison tant que le cerveau n'est pas fonctionnel. Donc certainement pas avant trois mois de gestation environ. C'est d'ailleurs la limite légale en Suisse pour l'avortement. A. Vs