Renommer des livres, déboulonner des statues, mais aussi dénoncer en masse des comportements individuels sur les réseaux… La «cancel culture» est, pour certains, le moyen de reprendre une parole bafouée et, pour d’autres, une manière de museler ceux qui expriment des opinions contraires. Cette semaine, «Le Temps» explore cinq facettes de ce «phénomène».

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Depuis l’essor du mouvement Black Lives Matter, la révolte gronde contre la présence d’effigies colonialistes dans l’espace public, et l’on ne compte plus les actions de déboulonnage: de Léopold II (qui colonisa le Congo) peinturluré à Bruxelles à la statue d’Edward Colston (marchand d’esclaves) jetée dans le port de Bristol, de celle de Colbert (qui instaura le Code noir organisant la traite des esclaves) recouverte de l’inscription «Négrophobie d’Etat» devant l’Assemblée nationale française à la statue du conquistador Sebastian de Belalcazar récemment renversée à Popayan, en Colombie…

Le rejet de cette glorification de la mémoire meurtrie de l’esclavage est massif. Des voix s’élèvent pourtant, et dénoncent ce qui tiendrait de la cancel culture visant à «effacer» un passé que l’on ne peut réécrire. Mais s’agit-il réellement d’un projet de «censure» historique, comme elles s’en offusquent? «Insister sur la préservation statique, intemporelle et inchangée d’un monde qui, par définition, est en flux est une lecture politisée et idéologique», balaie Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou, professeur d’histoire internationale au Graduate Institute de Genève. Car la question des personnalités honorées par les communautés est une histoire en mouvement perpétuel, qui s’écrit au fil des révolutions ou projets démocratiques, et née bien avant les polémiques de la cancel culture.