Le Temps: Les chiffres que vous avez trouvés sur la consommation de cannabis confirment-ils ce qu'on savait jusqu'à présent?

Hermann Fahrenkrug: Nous mettons en évidence une augmentation considérable de cette consommation dans les dix dernières années. Cette augmentation ne touche pas que les adolescents mais aussi les adultes. C'est ce qui nous permet de parler de normalisation du phénomène et d'un décalage croissant entre la réalité et la loi.

– Par normalisation, faut-il entendre que le cannabis ne pose plus de problèmes à ceux qui en consomment et à leurs proches?

– Non. Dans la classe des 15-19 ans, par exemple, 20% des consommateurs de cannabis disent avoir rencontré des problèmes: malaises physiques ou psychiques, conflits avec les parents, l'entourage ou la police. L'existence de ces difficultés nous permet de dire que la normalisation du cannabis ne devrait pas entraîner sa banalisation. Simplement, il faut réorienter la prévention. Cette dernière ne devrait plus viser à empêcher de façon générale l'accès au cannabis. Mais à soutenir et orienter ceux qui rencontrent des problèmes avec ce produit ou qui sont dans une situation à risque.

– Les Suisses sont-ils mûrs pour les modifications légales que prépare le Conseil fédéral?

– Sur cette question, nous obtenons des informations contradictoires. Une personne sur deux est pour davantage de tolérance, quelle qu'en soit la forme: décriminalisation de la consommation (53%), ou légalisation également de la vente (50%); 42% des Suisses disent vouloir maintenir l'interdiction de la consommation mais ils sont deux tiers environ à trouver anormal de traiter les consommateurs comme des criminels… Une chose est sûre: les réponses sont plus tolérantes dans les groupes où la consommation est répandue. A terme, comme la consommation augmente, la tolérance devrait suivre.