La cuisine dite nouvelle a perdu mardi l'un de ses plus fidèles, de ses plus solides et de ses plus discrets serviteurs. Depuis quelques mois déjà, Adolf Blokbergen se montrait peu dans son Auberge du Raisin, à Cully. Il est décédé des suites d'un cancer impitoyable et foudroyant, à quelques mois de ses 65 ans et de son départ à la retraite décidé d'un commun accord avec son patron, Jean-Jacques Gauer.

Le parcours de cet infatigable travailleur suit presque pas à pas celui de la famille d'hôteliers qui gère, aujourd'hui encore, le Lausanne Palace et l'établissement culliéran, propriété de la commune. On l'a vu, à ses débuts, dans les cuisines du Schweizerhof, quand ce fleuron de l'hôtellerie bernoise appartenait aux Gauer, puis au Corfou Palace, sur l'île du même nom, puis au Schweizerhof à nouveau, comme patron de la gastronomique Schultheissenstube. Un tremplin naturel pour arriver à Cully, au Raisin, à la fin des années 70. Il y a enchanté les gourmets par sa cuisine ensoleillée pendant presque trente ans.

Adolf Blokbergen avait le talent discret, oui, mais sûr et régulier. «Il se glissait toujours au deuxième rang quand on prenait la photo de groupe», résume Jean-Jacques Gauer, qui relève sa fidélité, son dynamisme et son affabilité. A son firmament, il avait deux étoiles au Guide Rouge (qui lui en a enlevé une ensuite) et 18 points au GaultMillau. Il perd avec lui «un bon compagnon d'une cuisine de valeur, un cuisinier d'élite et un collègue dévoué et loyal», regrette Fredy Girardet. Avec qui il a servi des banquets d'anthologie, à Gstaad ou à l'Oriental de Bangkok, avec Joël Robuchon en renfort, sans compter le Salon lausannois Gastronomia où ils avaient plusieurs fois fait équipe, avec quelques autres pointures.

«On avait un peu la même discrétion l'un et l'autre, rappelle Gérard Rabaey, du Pont de Brent. Et des valeurs d'honnêteté et de respect.» Ceux qui n'ont connu de lui que ses plats se souviennent de merveilles aux saveurs affirmées, souvent méridionales, et ce sera le plus bel hommage qu'ils lui rendront. Sa jovialité et sa gentillesse s'exprimaient aussi de cette manière.