Genevoise d’adoption, la Française Noëlla Rouget, résistante et déportée, est décédée ce dimanche dans un EMS dans sa 101e année, ont annoncé ses biographes. Elle avait reçu en février les insignes de Grand-Croix de l’Ordre national du mérite, une très haute distinction française.

«Nous perdons une grande amie, une très belle personne qui continuera de nous inspirer». C’est ainsi que ses biographes Brigitte Exchaquet-Monnier et Eric Monnier lui rendent hommage dans un courriel dimanche.

Ils disent leur reconnaissance d’avoir pu l’accompagner ces onze dernières années et de leur avoir accordé, avec ses deux fils, «une immense confiance pour écrire sa biographie. Nous avons eu le grand privilège de lui remettre en juin dernier son exemplaire de «Noëlla Rouget, la déportée qui a fait gracier son bourreau» (publié chez Tallandier).

Engagée dans la résistance dès 1940

Née Peaudeau le 25 décembre 1919, Noëlla Rouget s’était engagée dès 1940 dans la résistance à Angers (ouest de la France), où elle enseignait le français. Arrêtée en juin 1943, tout comme comme son fiancé, elle a été déportée à Ravensbrück (Allemagne) le 31 janvier 1944, où elle rencontra entre autres Geneviève Anthonioz de Gaulle, tandis que son compagnon était torturé puis exécuté en France.

Elle sera libérée en avril 1945. «Comment aurais-je pu imaginer, alors que je pesais 32 kg et que je souffrais de tuberculose, que je serait encore en vie 75 ans plus tard?» avait-elle déclaré en février lors de la cérémonie de la remise des insignes de Grand-Croix de l’Ordre national du mérite à la résidence du consul de France. Peu après, en convalescence à Château-d’Oex (Vaud), elle rencontrera son futur mari, le Genevois André Rouget, lors d’un bal.

Son bourreau, Jacques Vasseur, finalement retrouvé après une cavale de 17 ans passée dans le grenier de sa mère, allait être condamné à mort à l'issue de son procès en 1965: c'est elle qui demanda sa grâce, farouchement opposée à la peine de mort.

Lire sur le site du MondeLa déportée qui a fait gracier son bourreau : la leçon d’humanité de Noëlla Rouget (septembre 2019)

Silencieuse sur son passé pendant toutes les années de l'immédiat après-guerre, Noëlla Rouget  a ensuite durant de nombreuses années parlé devant des classes et accompagné des élèves visiter les camps de concentration. «Je suis une des dernières survivantes de l’enfer, j’ai pu tenir cette promesse faite à nos mortes de témoigner autant qu’il m’a été possible de le faire.» disait-elle.  

Distinctions multiples

Elevée à la dignité de Grand-Croix de l’Ordre national du mérite au début 2020, Noëlla Rouget rejoignaitt les 142 récipiendaires de cette décoration qui récompense les mérites distingués, militaires ou civils, rendus à la France. Elle a dédié «cette noble distinction» à toutes ses camarades de Ravensbrück.

Seules deux Grand-Croix de l’Ordre national du mérite sont remises chaque année. Mme Rouget, qui est déjà Grand Officier, a aussi reçu la Croix de Guerre et la Médaille du combattant volontaire en 1945. En 1961, elle a été nommée Chevalier de la Légion d’honneur et, en 1996, promue Commandeur. Son amie Geneviève de Gaulle-Anthonioz lui avait remis ces insignes à Genève.

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