Le 5 septembre dernier, le cardinal Joseph Ratzinger publiait la Déclaration Dominus Jesus, qui soulevait un tollé mondial. Ce document approuvé par Jean Paul II affirme notamment: «Il existe donc une unique Eglise du Christ, qui subsiste dans l'Eglise catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui.» De plus, il ravale les Eglises protestantes au rang de «communautés ecclésiales». En Suisse, où la cohabitation entre différentes confessions est une réalité quotidienne, les réactions négatives n'ont pas manqué. Aujourd'hui, l'indignation s'est quelque peu apaisée. Mieux: les catholiques et les protestants ont repris langue sur des sujets qu'ils n'abordaient plus depuis longtemps dans le cadre du dialogue œcuménique, redonnant du même coup un nouveau souffle à celui-ci.

Les protestants s'étaient montrés très blessés juste après la publication de Dominus Jesus. Aujourd'hui, ils relativisent ce document et vont jusqu'à lui trouver des côtés positifs. Dans un opuscule * récemment paru, qui fait réagir différentes personnalités suisses à la déclaration, le pasteur valaisan Philippe Genton écrit: «Il est normal que chaque famille religieuse fasse le point sur son identité et sur le rôle qu'elle croit devoir jouer au sein de l'humanité selon la mission qu'elle pense avoir reçue de Dieu. C'est même régulièrement indispensable. La Déclaration Dominus Jesus est, à mes yeux, l'expression de cette nécessité.» Plus loin, il affirme: «La question de savoir si nous sommes Eglise ou non ne me semble pas être la question essentielle de la déclaration.» Selon Philippe Genton, «il serait dommage que le large public garde de cette déclaration l'idée d'un pamphlet sectaire qui remettrait en cause le dialogue œcuménique».

Loin d'une remise en cause, «Dominus Jesus relance les questions de fond du dialogue œcuménique, explique Pierre Vonaesch, directeur de la section Eglises en dialogue de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS). Nous nous demandons à nouveau quelle unité nous recherchons, comment nous nous comprenons en tant qu'Eglises. Il y a bien dix ans que nous ne nous sommes plus posé ces questions. La consultation qu'avait lancée le Conseil œcuménique des Eglises au milieu des années 80 sur le baptême, les ministères et la cène n'a pas abouti au résultat attendu. Depuis, le dialogue œcuménique s'est restreint à des discussions sociales et locales.»

Le pasteur vaudois Daniel Alexander partage cet avis: «Le cardinal Ratzinger a eu le mérite de relancer la discussion sur des thèmes dont les catholiques et les protestants ne parlaient plus depuis longtemps, comme par exemple le sens du salut en Jésus-Christ à notre époque. La Déclaration Dominus Jesus a ceci de positif que sa franchise a suscité la franchise des autres Eglises.» Daniel Alexander est membre de la Commission œcuménique Eglises, religions et sectes du canton de Vaud. A ce titre, il a coorganisé deux débats ** qui auront lieu vendredi et dimanche à Rolle et à Lausanne sur la Déclaration Dominus Jesus. «Pour le moment, il n'y a pas eu de discussions interconfessionnelles en Suisse romande à ce sujet. Nous avons donc souhaité que les questions de fond que pose le dialogue œcuménique ne soient pas esquivées, afin que l'Eglise catholique ne soit pas renvoyée à son intransigeance, et les autres Eglises à leur incomplétude.»

En Suisse alémanique en revanche, réformés et catholiques ont déjà eu l'occasion d'aborder les problèmes posés par la déclaration dans différentes commissions. Mais les protestants alémaniques ne constatent pas de véritable renforcement des relations avec les catholiques. C'est le cas par exemple de Frank Jehle, président de la Commission de dialogue protestants-catholiques romains, et de Thomas Wipf, président de la FEPS et de la Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTEC-CH). Le premier estime néanmoins que le dialogue «n'a pas ralenti à cause de Dominus Jesus. De nombreux catholiques n'étaient pas d'accord avec ce document et pensent que le cardinal Ratzinger a mal interprété les textes de Vatican II sur lesquels est basée la déclaration. Aujourd'hui, catholiques et protestants sont d'accord pour dire que celle-ci n'est finalement pas si importante.»

Côté catholique, on confirme pourtant la relance du dialogue interconfessionnel. A Genève, haut lieu œcuménique, l'évêque auxiliaire Pierre Farine remarque que le dialogue «n'a pas été profondément secoué. Au contraire: au lieu du découragement attendu, c'est la volonté de continuer les discussions qui a prédominé.» De façon générale, «la déclaration a permis au dialogue de redémarrer sur des bases mieux définies, explique Agnell Rickenmann, nouveau secrétaire général de la Conférence des évêques suisses. Le processus de guérison des blessures engendrées par Dominus Jesus peut contribuer à nous rapprocher. A l'avenir, le débat sera plus réaliste. En effet, ces dernières années, nous nous sommes peut-être fait des illusions sur l'état d'avancement du dialogue œcuménique.»

Après Dominus Jesus. Ces interventions romaines qui déconcertent. Parlons-en!, document Paroisses vivantes, Editions Saint-Augustin, 2000, 48 pages.

Jésus-Christ confisqué? Vendredi 12 janvier à 20 h 15 au temple de Rolle. Dimanche 14 janvier à 17 h au Centre paroissial d'Ouchy.