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Un intérieur lausannois, tout en chaleur et douceur.
© Nicolas Schoepfer

habitat

Décoration, le renouveau de la beauté intérieure

Avec la démocratisation du design et le boom de la décoration, l’habitat n’a jamais été autant investi. A la fois reflet d’histoires personnelles et de tendances rassurantes, il devient un nouveau repaire émotionnel

Sur une moquette bleue mouchetée de gris, une chaise en plastique blanc laqué et une table en verre. Au-dessus: un énorme ordinateur chauffe près d’une tartine de pain grillé au fromage industriel allégé. Un sachet de thé à l’étiquette jaune baigne dans une petite tasse près d’un cendrier et un diffuseur à la vanille.

Cette scène d’intérieur date des années 2000. Pas si loin derrière au fond. Mais le changement de décor est aujourd’hui radical. Dans ce même séjour où le parquet d’origine grince désormais sous les pas, un canapé gris clair est décoré de coussins et plaids pure laine dans les tons pastel. Une petite table d’appoint en marbre blanc accueille une tablette, une théière en laiton vintage, une cigarette électronique, un cake fait maison au fromage de chèvre et un bouquet de fleurs du marché. Un ensemble réfléchi de meubles douillets, d’objets gais et de bonnes choses qui procurent, l’air de rien, un sentiment de bien-être...

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Les intérieurs et espace publics mutent

En à peine vingt ans, les intérieurs privés, mais aussi les restaurants et hôtels se sont métamorphosés. Loin de la froideur conceptuelle et des codes «design» – nouvel anglicisme fraîchement déboulé – du passage au nouveau millénaire, le temps est aux lieux de caractère où le confort est essentiel. Les années 2010 se teintent de mobilier vintage, de motifs graphiques colorés et de papiers peints fleuris.

Dans l'inconscient collectif, la décoration n’est plus associée à des embrasses de rideaux retenant des flots de soieries et de velours dans les salons bourgeois. La «déco» comme on dit désormais, mais aussi le «home staging» ou la chasse aux jolis objets deviennent des sujets d’émissions télévisées populaires. Des milliers de blogs, de vidéos et tutoriels relayés sur YouTube, de profils Instagram et Pinterest se consacrent au thème. Tout comme les boutiques indépendantes, type concept store, où chaque objet est minutieusement choisi et les grandes enseignes dont les étals débordent de copies des grands éditeurs renouvelées deux fois par an.

Même les foires changent

Même les foires de meubles ont changé. A Milan, en moins de cinq ans, un salon parallèle s’est développé dans des showrooms éphémères en ville prisé des familles avec poussettes, touristes et étudiants. Au point que certaines grandes marques préfèrent investir une galerie d’art à Brera ou Lambrate que les halles du salon officiel réservé aux professionnels à Rho. «Le fait que des marques de référence comme Cassina, Tom Dixon ou Moooi se délocalisent de la foire officielle pour avoir une proximité avec un public non professionnel est révélateur d’un engouement démocratisé pour la décoration d’intérieur», observe Jorge Canete, architecte d’intérieur et à la tête de l’agence Interior Design Philosophy, à Concise.

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Cela se ressent aussi dans le succès des ateliers de décoration pour amateurs qu’il anime depuis huit ans. «C’est toujours la même thématique: comment trouver une méthode de travail pour construire un projet déco personnel. Au début, je n’en faisais que sporadiquement, mais depuis trois ans, il y a une forte demande que je n’arrive pas à satisfaire», confirme-t-il.

Selon lui, ce besoin d’être accompagné découle de la confusion ressentie face à la profusion des offres. Si la tendance est clairement aux intérieurs investis, notamment par un recentrage du budget des loisirs sur celui de la maison, il y a deux sortes de gens: ceux qui se l’approprient vraiment, et ceux qui suivent ce qu’ils voient sur M6. «Dans les grandes enseignes comme Maison du Monde, on peut acheter du baroque, du zen indien ou pop… Mais parmi toutes ces choses disparates, encore faut-il savoir comment raconter une histoire, trouver un fil conducteur. Les gens ont tendance à choisir ce qu’ils voient partout, comme les copies de la fameuse chaise en fibre de verre de Charles & Ray Eames. Dernièrement, une cliente voulait un mur framboise parce que cette couleur est à la mode, après que je l’ai questionnée sur ses meilleurs souvenirs de voyage, elle a choisi un mélange de vert intense et bleu électrique qui lui rappelait l’Irlande. Elle en est fière. Elle raconte ce paysage qui renvoie à une émotion personnelle et donc unique. C’est ça un intérieur réussi», argumente Jorge Canete.

Sur un autre flanc, l'élan «do it yourself»

Dans le même sens, un élan «do it yourself»  pousse les plus débrouillards à se lancer dans des créations personnalisées. Que ce soit un papier peint cerf, colombes ou fougères appliqué grâce aux rouleaux à motifs des Britanniques de The Painted House directement sur les murs peints ou les lampes kit de suspension à monter soi-même de Normann Copenhagen. La boutique genevoise de mobilier nordique Hygge décline quatre tutoriels pour fabriquer «l’accessoire déco à l’esprit nordique à faire pâlir d’envie le voisin», telle une lampe en bois inspirée du modèle Wood de Muuto ou un mobile pour bébé. La customisation cartonne aussi, à l’instar de l’entreprise suédoise Superfront, qui s’est spécialisée dans les meubles Ikea.

A propos de Hygge (dans son acception large): «Hygge», la curieuse histoire du bonheur danois

«Certains cherchent des pièces qui les touchent et si possible qu’ils ne risquent pas de voir ailleurs, d’où le succès des meubles vintage. Mais les jeunes qui ont un tout petit budget se contentent de trois petits plateaux Hay pour donner une touche déco à leur studio et repartent tout heureux», observe Annabelle Dentan, designer textile à la tête de la boutique lausannoise Chic Cham.

Des hôtels aux hôpitaux

Ce nouvel intérêt pour la beauté intérieure se lit par exemple dans le succès de certaines pièces atypiques comme la suspension Vertigo de Petite Friture – une lampe cabane, à la fois aérienne et graphique, qui s’anime au gré des courants d’air, dont elle vend au moins un exemplaire par semaine. Mais aussi dans le fait que les espaces publics sont aussi de plus en plus repensés pour être des lieux dans lesquels on se sent bien. Des hôtels aux restaurants, en passant par les bureaux, et même les centres hospitaliers, à l’instar des espaces de pédiatrie et de néonatalogie du CHUV et du département pédiatrique de l’hôpital d’Yverdon dans lesquels la graphiste Judith Dumez a repensé couleur, lumière, ergonomie, mobilier, signalétique, aménagement et même intégré des interventions artistiques. «Nous vivons une nouvelle étape. Cette même chaleur et ce confort que nous ressentons dans nos propres maisons traversent les murs pour atteindre tous les secteurs. Et les entreprises commencent à concevoir la décoration comme l'outil clé qui apporte cette valeur ajoutée à leur affaire», conclut Annabelle Dentan.

Selon Rami Mekdachi, directeur artistique parisien notamment pour les hôtels Costes, haut lieu des années lounge et design, le basculement vers une décennie axée sur la décoration va de pair avec le culte du bien-être. Au même titre que l’on respecte son corps, on a conscience que les maisons nous représentent et jouent un rôle dans nos vies, donc on ne choisit pas n’importe quel matériau, couleur et odeur.

Tisanes détox et aménagement

«Ce qui se passe en nous se passe aussi autour de nous. Nos maisons sont donc le reflet de ça. On a commencé par s’initier aux thés en vrac et aux tisanes détox, à aller chercher des fruits et des fleurs au marché et cuisiner sainement. Assez logiquement, ce soin qu’on a mis dans ces choses a eu un effet sur les choix d’accessoires. L’évolution du développement personnel et du respect de soi-même fait entrer la qualité à la maison. On ne pose plus la télévision au cœur de la pièce, on choisit des ordinateurs discrets...  Il y a de l’espace pour rêver qui se libère. Tout est très joli», analyse le fondateur de la marque Lola James Harper dont la collection éclectique (bougies parfumées, photographies de voyage et compilations de musique) correspond à ces nouveaux territoires de styles.

«L’habitat pensé ainsi nous valorise, d’autant plus quand on a fait quelques éléments soi-même, renchérit Jorge Canete. Il devient une nouvelle forme d’expression émotionnelle, tandis que dans les années 1990, il avait plutôt pour but de revendiquer un statut social. Discuter d’un canapé en cuir très cher pouvait masquer d’autres questions plus personnelles. Désormais, on s’entoure de belles choses qui émeuvent, qui sont authentiques et renvoient à des expériences qui nous sont propres.» Alors on se sent forcément mieux chez soi.

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