Deux curieuses mâchoires, découvertes il y a déjà une cinquantaine d'années en Lettonie et en Estonie, sont en train de vivre une seconde vie palpitante 380 millions d'années après la mort de leur propriétaire. Ces deux mâchoires auraient en effet appartenu aux premiers habitants de la terre ferme. La trouvaille est d'importance puisqu'à ce jour, personne n'avait encore retrouvé la trace d'un «chaînon manquant» entre les poissons et les batraciens primitifs, les premiers vertébrés ayant colonisé les continents. Comme il est couramment admis que tous les vertébrés sont issus d'un même petit groupe de poissons, ces deux mâchoires représenteraient également une étape très ancienne dans l'arbre généalogique de l'homme.

La créature fossile, qui possédait cinq rangées de dents sur la mâchoire inférieure, a été baptisée Livonia multidentado par sa découvreuse, Elga Kurik, chercheuse à l'Institut de géologie de l'Université de Tallinn. Cette particularité – l'animal avait une stratégie pour capturer ses proies qui reste incomprise – n'est toutefois pas l'argument qui plaide pour installer cet animal dans une case vide de l'arbre généalogique des vertébrés. Ce sont la forme de ces dents, des empreintes de petits os, des traces d'artères, de veines et de nerfs qui ont conduit les scientifiques à penser qu'ils tiennent là une espèce de tétrapode inconnue à ce jour. Elga Kurik et deux collègues paléontologues, le letton Ervins Luksevics et Per Alhberg du Muséum d'histoire naturelle de Londres, publieront leurs constatations dans un article à paraître en août prochain dans la revue britannique Paleontology.

Selon les chercheurs, Livonia multidentado devait mesurer environ un mètre et demi de longueur. Il avait probablement une forme de salamandre, avec une nageoire caudale. Avait-il encore des nageoires sur le côté? Avait-il déjà des pattes? Le mystère demeure, les deux fossiles découverts à ce jour n'ayant livré que des mâchoires. Mais les indices recueillis par les paléontologues sont suffisants pour les pousser à entamer de nouvelles campagnes de fouilles. Avec l'espoir, cette fois, de trouver un squelette complet.