Aguerris après le traumatisme du SRAS en 2003 et les longues semaines à l’arrêt, les établissements de Hongkong ont très vite mis en branle l’apprentissage à distance quand les cas de Covid-2019 explosaient en Chine continentale.

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L’ex-colonie britannique caracole dans le trio de tête du classement Pisa. La réussite scolaire y est sacrée et la concurrence féroce entre les écoles. En temps normal, les devoirs pleuvent. Avec la crise sanitaire, c’est un déluge. Dès le 30 janvier, les 800 000 élèves privés d’école recevaient les premiers devoirs, alors même que la fermeture n’était prévue que jusqu’au 17 février.

Six semaines d’expérience

Voilà donc plus d’un mois et demi que collégiens et lycéens sont chaque jour devant leur écran de 8h à 16h pour des cours en ligne. D’autres sont noyés sous les e-mails quotidiens avec programme et recommandations, inondés de matériels pédagogiques en ligne voire sollicités pour des entretiens individuels.

Chaîne YouTube, Reflex Math, ReadTheory, IXL, Google Classroom, ou l’application Seesaw – qui permet à l’enfant de télécharger son travail et aux enseignants de commenter – font désormais partie intégrante du quotidien d’élèves débordés et de parents souvent démunis. Les universités, elles, avaient pu se roder à l’enseignement à distance à l’automne, quand les campus avaient fermé à cause des manifestations. Elles utilisent notamment Zoom, outil qui permet à l’enseignant de se filmer en même temps qu’il commente un document sur l’écran.

Même préparés, les enseignants en difficulté

«L’école à la maison, c’est aussi délicat pour les enseignants», témoigne cependant Mally, une enseignante du primaire. D’autant plus délicat dans des logements souvent très exigus où la promiscuité avec les autres membres de la famille entrave la concentration. Cette institutrice anglaise utilise entre autres des programmes d’enregistrement vidéo comme Screencastify. Google Hangout, Google Meet ou Google Sheet viennent aussi à la rescousse. «Mais il n’est pas évident de donner du travail quand ces instructions doivent être lues par des élèves qui apprennent encore à lire», observe-t-elle. «Cela signifie qu’un parent ou un adulte doit superviser leur travail.»

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Comment ensuite suivre le travail effectué? Jauger la responsabilisation des élèves? «Il est plus difficile, pour ne pas dire impossible, de proposer un retour immédiat aux enfants», reconnaît Mally. «Cela signifie que notre feed-back est moins utile à l’étudiant quand il l’obtient.» Compliqué aussi car tous les élèves ne font pas le travail demandé: «Il est donc difficile de planifier la semaine suivante ou même le retour à l’école» pour s’adapter aux progressions qui auront été différentes. Officiellement, les écoles rouvrent le 20 avril. Mais la cheffe de l’exécutif hongkongais vient de préparer l’opinion pour une fermeture encore plus longue, et une reprise graduelle: priorité aux niveaux qui ont des examens à passer.

Ni ordinateur ni aide: quid des plus pauvres?

Le gouvernement a investi depuis l’an 2000 plus de 14 milliards de dollars hongkongais dans la promotion du numérique dans l’enseignement primaire et secondaire. Avant l’épidémie, les deux tiers des écoles avaient déjà utilisé des ressources d’apprentissage en ligne. Mais selon un sondage mené par l’ONG Alliance for Children Development Rights, 90% des élèves de milieux défavorisés rencontrent actuellement des difficultés pour suivre les cours en ligne faute d’ordinateur à disposition ou d’aide. D’autant que ceux qui en ont un à domicile doivent parfois le laisser à leurs parents en télétravail.

Tous les outils technologiques ne sont pas non plus familiers de tous. Dans les groupes WhatsApp de parents débordés, les mêmes lamentations circulent, sur les difficultés à naviguer entre les différents portails d’apprentissage ou les incompréhensions sur leur utilisation.

«Cumuler son emploi et les devoirs est épuisant», se désole la mère d’un élève de 6 ans au Lycée français international. «Impossible pour nous de suivre le rythme. Chaque journée, c’est au moins quatre heures. Je n’ai pas le savoir-faire pour faire apprendre, et pas non plus la patience», plaisante-t-elle, en avouant qu’elle songe désormais à engager un professeur privé.