Les hommes préhistoriques jouaient déjà de la fraise dentaire. Des fouilles archéologiques menées sur le site de Mehrgarh, une nécropole du Pakistan datant de 9000 ans, ont révélé les premiers tâtonnements de cette pratique. Une équipe internationale, conduite par la mission archéologique française du Centre national de la recherche scientifique, a mis au jour onze cas de perforations pratiquées in vivo sur les couronnes dentaires de neuf adultes.

L'étude, qui paraît aujourd'hui dans la revue scientifique Nature, repose sur l'idée que ces interventions ont été menées dans un but thérapeutique ou palliatif, excluant ainsi une intention esthétique. La période néolithique a été marquée par une détérioration temporaire de l'état de santé des villageois due notamment au développement de l'agriculture céréalière et de l'élevage. Le nouveau régime alimentaire qui en découle, plus riche en sucres, ainsi que le manque d'hygiène bucco-dentaire ont favorisé le phénomène d'abrasion de l'émail et l'accroissement du nombre de caries. Et, en un même mouvement, l'apparition de nouvelles douleurs à soigner.

Les artisans de Mehrgarh, qui excellaient dans les techniques de perforation utilisées pour la confection de bijoux, les auraient naturellement appliquées, à titre occasionnel, aux interventions thérapeutiques. A l'aide d'un perçoir en bois muni d'une petite pointe en silex, ces artisans devenus dentistes de fortune étaient capables de percer des trous de taille millimétrique. Toutefois, aucun signe de remplissage des dents n'a été retrouvé. Mais il est possible que les cavités aient été comblées avec une substance semblable à de l'asphalte.

Pour étayer leur recherche les archéologues ont tenté de reproduire l'opération: sur des dents humaines déjà arrachées ils ont montré qu'il était possible de percer des trous en moins d'une minute.

Onze perforations sur une totalité de 4000 dents retrouvées suffisent-elles pour autant à valider cette théorie sur les origines de la dentisterie? Roberto Macchiarelli, anthropologue à l'Université de Poitiers, répond: «Il faut savoir qu'il y a un écart pouvant aller jusqu'à plusieurs années entre le moment de la perforation et la mort de l'individu. Dans ce cas, l'usure naturelle de la dent accentuée par le manque d'hygiène effaçait l'intervention. C'est la raison pour laquelle nous avons limité l'étude à onze cas inéquivoques.»

Depuis cette découverte, les fouilles ont été interrompues en raison des problèmes d'insécurité régnant dans la région.