Psychologie

Pour dépasser la peur des maths

Chez beaucoup d’élèves, la branche constitue un vrai cauchemar. D’où vient le problème et comment le résoudre? Des chercheuses américaines en psychologie, un étudiant et un professeur en didactique donnent des pistes

«Au cycle d’orientation, j’ai commencé à me dire que j’étais nulle en maths, que ce n’était pas fait pour moi.» Lara, 19 ans, a fait un véritable blocage face à cette matière à l’école. «Je me suis braquée, j’étudiais peu, j’avais des mauvaises notes. Et c’était encore pire.»

Un cercle vicieux que décrit l’étude «The Math Anxiety-Performance Link: A Global Phenomenon», parue en 2017. «Un élève angoissé par les maths va avoir de moins bons résultats, mais un élève qui a de la peine très tôt avec cette branche va aussi développer une angoisse», résument les coauteurs de l’étude Alana Foley, post-doctorante en psychologie, et Julianne Herts, doctorante en psychologie à l’Université de Chicago.

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Lara a aujourd’hui pris du recul: «Je pense que j’aurais pu réussir en travaillant, mais ça me paraissait une montagne.» La jeune femme a quitté l’école avant la maturité, notamment à cause de ce handicap. Elle s’est tournée vers un bac littéraire français… sans maths.

«Admettre qu’on est nul ne gêne personne»

«Le blocage vient d’un rejet de la société envers cette matière.» Jean-Luc Dorier est professeur ordinaire en didactique des mathématiques à l’Université de Genève et coauteur d’un ouvrage publié cette année, Enseigner les mathématiques, didactique et enjeux de l’apprentissage. «Admettre ouvertement qu’on est nul en maths ne gêne personne. Je le montre à mes étudiants à travers un sketch de Gad Elmaleh, ou une émission de Canal+ dans laquelle Xavier Darcos, ancien ministre français de l’Education nationale, déclare sans complexe ne pas savoir faire une règle de trois.»

Le professeur mentionne d’autres facteurs: «Une réforme dans les années 1970 a mené à un enseignement des maths très abstrait et d’assez haut niveau. Beaucoup ne comprenaient rien. Le système a changé, mais de nombreux enseignants actuels l’ont connu.»

La peur serait-elle contagieuse? Les interactions autour des maths entre un parent anxieux et son enfant peuvent se révéler néfastes, expose Alana Foley. «Il ne faut pas décourager ces interactions, mais s’assurer que le message transmis est constructif.»

Quelles solutions? Léonard Truscello, diplômé de physique à l’Université de Genève, lance fin novembre Mathplusplus, des cours à Genève pour des groupes de six maximum, niveau cycle d’orientation. Les années critiques, selon lui. «Les maths sont une accumulation de connaissances. Si un élève ne comprend pas les fractions, par exemple, ça va le handicaper pendant toute sa scolarité.»

Déconstruire le fatalisme

L’idée de Léonard Truscello: prendre en compte la psychologie de l’élève. «J’ai constaté lors de remplacements que certains réussissent bien les exercices mais paniquent devant les épreuves. J’ai réalisé qu’ils projetaient l’échec en recevant l’examen. Il faut déconstruire ce mécanisme et celui du fatalisme de l’élève qui se dit qu’il a toujours été nul en maths.» Ses méthodes? «Responsabiliser l’élève. Chacun se fixe les objectifs qu’il veut atteindre.» Il faut aussi rendre les maths plus intéressantes. «La théorie doit être courte, pour passer rapidement aux exercices. Nous utiliserons également des applications sur smartphone. L’idée est de rendre les cours ludiques, pour retrouver confiance dans l’approche de la matière.»

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Pour Jean-Luc Dorier, il faut revaloriser la branche. «Souvenons-nous qu’aucune ville n’aurait existé sans les mathématiques: elles sont indispensables à la gestion de tout regroupement de plus de quelques centaines d’individus, pour recenser et partager le temps et les richesses.» Cela passe aussi par un enseignement concret: «Trop de gens pensent que les maths, ce sont des recettes qu’on applique, alors que c’est un moyen de comprendre la réalité.»

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