L’intellectuel Ivo Rens, ancien professeur à l’Université de Genève, le dit sans finasser: «Notre civilisation va s’effondrer.» Voilà un constat rieur pour la reprise de nos estivales Saveurs du français. Cette semaine, le but est de survoler l’année écoulée grâce à quelques mots chipés çà et là. Autant le dire d’emblée, le vocabulaire de ces douze mois ne fut guère hilarant. La crise.

Ivo Rens, par exemple. Questionné par ce journal le 24 janvier, il annonçait l’écroulement à venir de nos sociétés qui «se sont rendues totalement dépendantes du stock d’énergies fossiles, alors que toutes les sociétés du passé ne dépendaient pratiquement que du flux de l’énergie solaire». Il ajoutait: «Nous allons au-devant d’échéances très redoutables en matière énergétique, avec la déplétion du pétrole et du gaz.»

La «déplétion» exprime la baisse d’une quantité. Le Robert lie ce mot au registre sémantique de la notion de «plein», latin plenus, évoquant l’image d’une femme enceinte, ou d’un homme corpulent. Le «de-» privatif permet de façonner le nouveau mot, au XVIIIe siècle. On le retrouve en médecine, illustrant la baisse des humeurs après la saignée. Et l’on note que les antonymes signalés sont «satiété» ou «réplétion». Cette dernière constitue «l’état de l’organisme (humain) dont l’estomac est surchargé d’aliments». Description précise d’une partie de l’humanité assise dans son 4x4, lui-même gorgé d’essence. Pour l’instant.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.