Saveurs du schwyzerdütsch

Der Stutz

Chaque jour de l’été, «Le Temps» déguste un mot de la langue française. Le samedi, un mot de suisse-allemand!

C’est le pire faux pas qu’un Allemand puisse commettre en Suisse alémanique: parler de «Fränkli» pour montrer sa bonne volonté à s’intégrer. Car le solide et lourd franc suisse ne saurait être affublé d’un diminutif. Mais les autochtones ont quand même un petit nom affectueux pour leur monnaie: der Stutz. A l’époque révolue où les toxicomanes faisaient la manche dans les rues de Zurich, la formule consacrée était: «Häsch mi füf Schtutz fürd Notschlafstell?» (T’aurais pas cinq balles pour le dortoir d’urgence?) Les plus modestes réclamaient un franc.

Stutz, à la limite de l’argot, donne une âme à l’argent helvétique. Contrairement aux milliards dormant dans les banques, c’est la devise du petit peuple, franc durement gagné à la sueur de son front, même en mendiant.

Plaisir du travailleur un peu coincé et radin, le «Stützlisex» avait fait les beaux jours du quartier chaud de Zurich. Pour un franc, une fente s’ouvrait, laissant voir une femme nue pendant trente secondes. Les autorités ont fait fermer ce «peep show» en 2001, et l’expression est devenue nostalgique.

Le Blick en 2006 avait lancé une campagne publicitaire intitulée «Gopfried-Stutz-Aktion», qui offrait des rabais sur diverses marchandises et prestations. On y voyait un petit bonhomme en forme de franc coiffé d’une casquette rouge avec le logo du quotidien de boulevard. Dans «Gopfried Stutz!», léger juron équivalent de «Nom de bleu!», le Stutz n’a là plus rien à voir avec le franc. Mais afin que vous en ayez pour votre argent, sachez encore que Gopfried est la forme atténuée de Gottfried, exactement comme dans «Nom de bleu», pour ne pas devoir prononcer le nom du Seigneur.

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