BENARES. Nouvel An de contrastes. D'une part, le rire communicatif du chef spirituel du Bouddhisme tibétain. De l'autre, la misère de Bénarès. Contraste également entre le Gange, fleuve purificateur et parmi les plus sacrés du monde et sa pollution indescriptible, brassage de déchets humains, de cadavres, de poudre à lessive et d'offrandes religieuses. Plus préoccupés par leur survie quotidienne, les habitants de Bénarès se sont couchés à 22 heures. Ici, le temps se calcule en poignées de riz. Fêter le nouveau siècle, privilège des riches.

La venue du dalaï-lama dans la ville a à peine mobilisé la population. Environ trois mille personnes, Indiens, bouddhistes et touristes se sont déplacées au bord du Gange pour assister au premier discours de Sa Sainteté, encadré par une délégation impressionnante des plus grands maîtres spirituels indiens. Les gourous ont lancé un appel alarmiste au peuple pour qu'il change ses habitudes et sauve les eaux du Gange. Dans une atmosphère parfumée de bois de santal, garnie de guirlandes de tagettes orange, de torches et de millier de bougies, une frange du public a levé les bras au ciel et chanté des mantras pour se rallier à l'appel des dignitaires religieux.

Ce n'est que le lendemain matin, à Sarnath, dans le voisinage de Bénarès où Bouddha aurait délivré son premier enseignement à ses disciples il y a 2500 ans, que le dalaï-lama a donné son véritable discours. «Beaucoup de monde semble être excité par l'an 2000. Rien ne va changer à moins que les consciences évoluent. Si vous voulez désarmer la planète, il faut d'abord procéder à un désarmement intérieur et vous libérer de vos émotions négatives, de vos peurs et de vos doutes», a déclaré le dignitaire qui a encouragé les jeunes générations à préférer le dialogue à la violence, à l'éducation et à l'entraide. Avant de conclure par ces mots: «Croyant ou non croyant, gardez le cœur ouvert.»

A l'issue de la rencontre, quelques milliers de personnes de toutes confessions ont prié dans l'enceinte de Sarnath pour la paix dans le monde, faisant écho à l'initiative de l'Université de Princeton aux Etats-Unis qui, dans le cadre de son projet «Pour une nouvelle conscience globale», a organisé des rendez-vous de prières à midi précis dans la zone des 24 fuseaux horaires de la planète.