A l'heure où les Gay Pride fleurissent partout dans le monde – ce week-end à Delémont –, alors que le Pacs devient un mode d'union largement répandu, on pourrait espérer que le tout récent Dictionnaire de l'homophobie relève de l'histoire plus que de l'actualité. Mais la répression dont les homosexuels sont l'objet dans de nombreux pays (en Egypte, par exemple) montre bien que les mécanismes de rejet sont toujours actifs. Plus près de nous, les stéréotypes véhiculés par le langage courant manifestent moins violemment mais sournoisement un refus intériorisé, bien ancré, dans la peur et dans le mépris.

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, victime récemment d'un attentat homophobe, préface ce dictionnaire en rappelant que chaque discrimination est une violence et une «insulte à la démocratie». L'ouvrage est dirigé par un Normalien spécialiste des questions de genre, Louis-Georges Tin. Organisé par grandes entrées thématiques (arts, biologie, censure, école, politique…), par pays ou continents ou par figures emblématiques, cet ouvrage de référence s'ouvre sur un florilège où s'épanouissent les fleurs de rhétorique des déclarations politiques, lapsus révélateurs ou anathèmes virulents, du genre «Les pédés au bûcher», slogan d'une manifestation anti-pacs en 1999.

Nombreux chercheurs

Une équipe de 76 chercheurs – sociologues, historiens, juristes – recense en 450 pages et 165 entrées les manifestations d'hostilité et les justifications théoriques qui les légitiment. En même temps paraît une autre somme, moins axée sur la répression et les victimes, riche en figures, en anecdotes et en illustrations, en contraste avec l'austérité du premier ouvrage. Didier Eribon, philosophe et historien des idées, biographe de Michel Foucault, a dirigé ce Dictionnaire des cultures Gays et Lesbiennes, de la fin du XIXe siècle à nos jours. Le pluriel du terme «cultures» est important d'abord parce que l'ouvrage ne traite pas que d'expressions artistiques et intellectuelles mais aussi populaires. Et qu'il ne saurait être question de réduire l'homosexualité à un ensemble homogène. Il a donc également fallu réunir une centaine de chercheurs qui ont rédigé quelque 600 entrées, forcément moins développées.

Le Dictionnaire d'Eribon est très axé sur la France, celui de Tin a une vision plus large. Mais les deux ouvrages se recoupent souvent, particulièrement en ce qui concerne les grandes figures, de Wilde à Foucault. Quant à l'entrée «Suisse», elle a été rédigée dans les deux cas par Stéphane Riethauser qui souligne – avec et sans photos – le soutien apporté par Moritz Leuenberger, alors président de la Confédération, à la Gay Pride de Zurich en 2001.

Dictionnaire de l'homophobie, PUF, 452 p.

Dictionnaire des cultures Gays et Lesbiennes, Larousse, 548 p.

A signaler aussi la parution du Petit Futé «Paris Gay et lesbien», Edition 2, 240 p.