Imaginez. Samedi soir, vous et vos cinq (!) amis vous êtes retrouvés pour fêter Halloween «malgré les circonstances». Tout le monde sirotait son jus de tomate – à table bien sûr – en échangeant des banalités, mais très vite André s’est demandé «si ça ne serait pas utile de porter le masque dans tout l’espace public, comme en Italie». Vous observiez les faux ongles noirs d’Angélique s’agiter sur son verre quand soudain Isa, en bout de tablée, a lâché: «On voit bien assez de demi-visages dans les magasins, et ça ne servirait à rien dehors…» Silence gêné, puis contre-arguments. C’était mal parti, et impossible de savoir qui avait tort ou raison: mieux valait se réfugier près de la cage de Tibert le lapin ou prétexter le besoin de refixer votre perruque.

Si la situation vous évoque quelque chose, c’est que désormais il est pratiquement impossible de contourner les sujets qui fâchent: à l’image du vaccin, objet de débat de longue date, qui se profile comme une partie de solution à la crise que nous vivons. Laurence Kaufmann, docteure en sociologie et professeure à l’Unil, sourit. «Les sujets qui touchent au virus et aux mesures pour le combattre sont inévitables mais ils usent et fatiguent. On n’en peut plus mais on ne peut pas s’empêcher d’en parler. L’espace public est dépeuplé en raison de la crise sanitaire, alors on essaie de le reconstruire tant bien que mal dans nos cuisines.»