Inventions anxiogènes (2/8)

Avant de devenir incontournable, l'électricité était source de méfiance

Cette énergie-là semble une technologie évidente dans nos sociétés modernes. Elle a cependant connu une vive méfiance lors de son arrivée dans le paysage urbain de la fin du XIXe siècle

Chaque vendredi de l'été, «Le Temps» retrace l'histoire de ces techniques qui ont fait peur à leur arrivée, bien avant la 5G.

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Criait-on «au feu» au paléolithique?

«Quand j’étais enfant, à l’île Maurice, les interrupteurs étaient placés en hauteur pour que les plus jeunes n’y touchent pas. C’était considéré comme trop dangereux pour nous.» Il est des choses tellement ancrées dans notre quotidien qu’imaginer la vie de tous les jours sans elles semble difficile. Cette anecdote, racontée par notre collègue Ram Etwareea, indique cependant qu’il n’y a pas si longtemps, l’électricité était loin de faire l’unanimité. Un constat partagé par Alain Beltran et Patrice Carré dans La Vie électrique. Histoire et imaginaire (Ed. Belin, 2016). Historiens de formation, les deux auteurs consacrent dans leur livre un chapitre entier aux craintes suscitées par cette nouvelle technologie.

En moins d’un siècle, l’électricité va passer de curiosité de laboratoire, avec la pile Volta en 1800, à un élément incontournable de la société, du moins dans les grandes villes occidentales. Le premier câble télégraphique est mis en activité à Londres en 1837, et ce nouveau mode de communication va se disperser petit à petit. Le véritable tournant a lieu en 1881. Lors de l’Exposition internationale d’électricité à Paris, l’ampoule à incandescence d’Edison attire toutes les attentions. L’éclairage électrique va dès lors se répandre comme une traînée de poudre et l’énergie nouvelle fera tourner tramways et industries.