Phénomène

Comment la dictée se réinvente en «twictée»

L’exercice peut paraître ringard. Beaucoup d’enseignants rechignent à y recourir. N’empêche, la dictée a toujours ses inconditionnels. Mieux, elle se pare de nouveaux atours

La dictée reverdit dans les marges

L’exercice continue d’avoir des adeptes acharnés. Mieux, il se réinvente sous le nom de «twictée»

Elles sont organisées par les écoles, les bibliothèques, les clubs de seniors, les clubs de juniors, pour le plaisir d’être ensemble, pour une bonne œuvre, pour l’adrénaline de la compétition. Elles sont locales, comme au Grand-Saconnex à Genève début septembre, ou internationales, comme celle qu’organise l’Association européenne contre les leucodystrophies, le 13 octobre, avec la romancière Marie Darrieussecq. Elles sont virtuelles aussi: sur Internet, des dizaines de sites proposent des fichiers sonores à télécharger avec des explications; on peut même refaire la dictée de L’Hebdo , écrite et lue par Darius Rochebin au Salon du livre (et consacrée aux méfaits d’Internet sur l’orthographe…). Mais qu’est-ce qui fait qu’au XXIe siècle, on continue à faire des dictées?

Francis Klotz est un peu mélancolique pour évoquer la dictée nationale suisse, qui en 25 ans s’est «effilochée. En orthographe, il faut avoir travaillé pour réussir, et l’effort n’est plus à la mode. Tout doit être cool – et l’orthographe, ce n’est pas cool!» La finale 2014 fin août a attiré peu de candidats, notamment chez les juniors, et l’ancien champion du monde d’orthographe regrette que les enseignants ne jouent pas le jeu. «Il n’y a pas de relève, c’est inquiétant.» Au point que le Valaisan a dû créer une catégorie Anciens champions pour faire de la place dans le palmarès: Guillaume Terrien, champion français époque Pivot (encore un!), cofondateur du logiciel Orthodidacte (voir ci-contre), monopolisait le podium depuis quatre ans…

Vieillotte, la dictée? Ce symbole absolu de la tradition scolaire conserve pourtant des attraits. Ainsi, en 2013, la «Dictée des cités» parvenait à réunir plusieurs centaines de personnes sur la dalle d’Argenteuil, un lieu sensible de la banlieue nord de Paris pas franchement réputé pour sa convivialité. L’expérience a depuis été répétée à Saint-Denis, Bruxelles, Marseille. Un petit exploit, pour des quartiers où le traumatisme scolaire est bien présent. Même si c’est le «rire-ensemble» que les participants sont venus chercher, plus que le «bien-écrire», ironise cet enseignant d’une banlieue voisine, qui reste très circonspect.

Les professeurs rechignent souvent à donner des dictées dans leurs classes, au grand dam des parents qui les réclament. «Ce qui compte, c’est que mes élèves apprennent à s’exprimer avec clarté et précision, résume encore ce professeur. Les «s» qui manquent, cela n’est pas très important.» Des enseignants ont donc tordu le cou aux vieilles dictées en inventant les «twictées» ou «défitwictées», objet hybride présenté comme un «dispositif collaboratif d’enseignement et d’apprentissage de l’orthographe» sur le réseau de micro-messages, mais beaucoup plus amusant que cette dénomination ne le laisse penser. Les élèves écrivent des micro-dictées, les échangent avec d’autres classes de la francophonie, rédigent les explications des difficultés – tout cela en moins de 140 signes. Il paraît que cela marche bien. La dictée, c’est l’avenir!

Les élèves écrivent des micro-dictées, les échangent avec d’autres classes

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