En randonnée (3/5)

Didier Fischer, le bon sens terrien en campagne genevoise

Le président du Servette a dû renoncer aux longs treks alpins à cause d’une cheville abîmée, mais il continue d’arpenter les environs de son domicile, qui nourrissent sa vision du monde

Hasche bondit la première hors de la maison; il n’y a qu’une chienne pour être pareillement d’attaque à 6 heures du matin. Il fait frais dans la campagne genevoise. Le soleil n’est pas encore levé, contrairement à Didier Fischer, qui salue et ferme à clé la porte de la belle ferme viticole rénovée qu’il habite au cœur d’Avully. «Allez, c’est parti», lance-t-il, lui aussi déjà bien réveillé.

Le président du Servette FC depuis 2015 partage son emploi du temps entre plusieurs mandats de direction importants dans différentes entreprises, fondations et équipes sportives. Il n’est pas du genre à traîner au lit. Nécessité professionnelle? «Peut-être en partie», répond-il en indiquant le chemin à suivre, un petit sentier qui plonge vers la rive sud du Rhône. «Il y a aussi mon parcours: à la base, je viens des métiers de l’agriculture, qui nécessitent de se lever tôt.» Et tant pis si les journées sont longues.

Ce soir-là, il ira voir son équipe de football disputer un match à Rapperswil, au bord du lac de Zurich. «C’est sûr, je ne serai pas de retour à la maison avant 1 heure du matin, sourit-il. L’essentiel, pour moi, c’est de savoir à quel moment je pourrai faire la sieste. Aujourd’hui, ce sera vers 15 heures, sur la route… A mon bureau ou dans ma voiture sur un parking, je me planifie chaque jour quarante minutes de sommeil pour mieux repartir après.»

La prothèse, non merci

Il a choisi une balade tranquille de deux heures, à travers les réserves naturelles des Teppes de Verbois et du Moulin-de-Vert, qui ceinturent le Rhône juste avant qu’il ne devienne français. Voilà quelques années, il aurait plus volontiers opté pour un exigeant trek alpin. Du doigt, il pointe le Reculet, deuxième plus haut sommet du Jura avec ses 1718 mètres d’altitude.

Pendant dix ans, il avait pris l’habitude de le rallier régulièrement, depuis le Tiocan ou depuis chez lui – un aller-retour d’une quarantaine de kilomètres avalés en neuf heures – pour voir s’il tenait la forme avant sa longue sortie annuelle.

«Je partais chaque été une dizaine de jours avec un ami et un guide faire de la montagne», explique-t-il. Avec une cheville abîmée, il a dû renoncer à ce plaisir. «J’ai déjà eu recours à deux greffes osseuses pour soigner une fracture de la malléole interne, détaille l’homme de 58 ans. Les médecins m’ont prévenu: la prochaine fois, ce sera la prothèse. Et ça, non merci.»

En quête du «plus bel oiseau du monde»

Cet ancien volleyeur de Ligue nationale A et B et tennisman amateur s’était tourné vers la randonnée un peu contraint, lorsque son épaule lui a fait savoir qu’il l’avait suffisamment sollicitée pour taper dans des balles. Amoureux de la nature, il a vite pris goût à une occupation lui permettant de combiner activité physique et observation.

Les paysages bien sûr, mais aussi la faune et la flore. D’un point de vue dégagé, il essaie de débusquer des yeux un martin-pêcheur, «le plus bel oiseau du monde». Plus loin, il s’inquiète de ce qu’un marronnier perde ses feuilles, «pas normal à cette saison». L’agriculteur n’est jamais loin.

La balade terminée, il ne revêtira pourtant pas une salopette mais un costume. Il préside plusieurs conseils d’administration (La Cave de Genève, Onet, Naxoo, SFC 1890 SA) et préside la Fondation Nicolas Bogueret, qui gère un parc de logements sociaux à Genève. «Dans tous ces mandats, je m’appuie sur des collaborateurs de confiance. Je suis un dirigeant qui aime être au courant de tout, mais je sais déléguer l’opérationnel.

Le plus difficile, finalement, c’est de gérer mon agenda, de réussir à caler les rendez-vous», estime-t-il. Une fois que c’est fait, il suffit de suivre le plan comme un sentier de rando, sans se laisser déborder. «Je prends toujours de la marge. J’ai horreur d’être en retard. D’ailleurs, nous en avons, sept minutes à ce stade: on traîne!» A la hauteur du barrage de Verbois, l’allure s’accélère. Ce n’est pas Hasche, toujours aussi fringante, qui va s’en plaindre…

Bonne bouffe et bon pinard

En descendant le sentier le long de l’échelle à poissons qui permet aux truites de franchir le barrage, Didier Fischer estime que le Servette FC occupe environ 25% de son temps, mais qu’il y pense «beaucoup plus que ça». Il s’est retrouvé à la tête du club en 2015, lorsqu’une nouvelle faillite menaçait, porté par un groupe de mécènes.

«J’ai fait ma vie à Genève, j’y connais les gens et les gens me connaissent. Quand ils m’ont dit qu’ils étaient prêts à s’engager pour Servette, mais qu’il fallait que je sois là aussi, je ne pouvais pas refuser…» Son cœur est grenat depuis toujours. «Avec mon frère, nous avions un jeu. Il me disait: Servette - Aarau, saison 73-74, et je devais me rappeler du score. J’y arrivais souvent, ou ne tombais pas loin.» On tente le coup: Servette - Wohlen, saison 16-17? «Nous avons joué quatre fois contre eux, mais je me rappelle assez bien du match qu’on a gagné 6-1», sourit-il.

Le soleil tape fort maintenant. En remontant vers Avully, puis en préparant un petit-déj' et un café à déguster sur sa terrasse, Didier Fischer parle encore de ce qui compte vraiment pour lui. Son épouse, Marozia, et leurs trois enfants, avec qui le couple aime partager des week-ends d’évasion. Les valeurs qui irriguent le football, «deuxième lieu où se forment les jeunes après l’école».

Les plaisirs de la table aussi. «Chez nous, c’est bonne bouffe et bon pinard, rigole-t-il. Et je suis sensible à la provenance de ce que je mange. Ici, je valorise le terroir genevois. Mais si je suis en Valais, je vais consommer local aussi. Simple question de bon sens.» De bon sens terrien.


Profil

1959 Naissance à Zurich.

1981 CFC d’agriculteur-viticulteur.

1985 Diplôme d’agro-ingénieur.

2013 Création du Servette Rugby Club.

2015 Devient président du Servette FC.


Episodes précédents

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