Depuis une dizaine de jours, une équipe scientifique internationale traque le virus de la grippe espagnole, qui a causé entre 20 et 40 millions de décès en 1918 (LT du 24 août). Les recherches se déroulent dans un cimetière de Longyearbyen, capitale de l'archipel norvégien du Spitzberg. L'équipe est intéressée par les corps de six jeunes mineurs norvégiens, fauchés par l'épidémie en octobre 1917. En raison du froid permanent sous cette latitude, leurs tissus recéleraient toujours le virus, dont l'analyse moléculaire pourrait servir à l'amélioration des traitements contre la grippe.

Les chercheurs espéraient trouver les cercueils à deux mètres de profondeur, dans le permafrost, ce qui aurait été le gage d'une bonne conservation des tissus. Or les fouilles n'ont pas tardé à mettre au jour six cercueils qui se trouvaient seulement entre 30 et 50 centimètres sous la surface de la terre. A cette profondeur, le gel et le dégel détruisent en général les tissus cellulaires.

Mercredi et jeudi derniers, les scientifiques ont ouvert les six cercueils. «Il s'agit des corps de jeunes hommes d'apparence robuste, relevait hier la géographe canadienne Kirsty Duncan, qui dirige les opérations au Spitzberg. La découverte suggère que l'on est bien tombé sur les tombes des jeunes mineurs. Nous avons effectué des prélèvements de tissus mous en prenant d'importantes mesures de sécurité et en respectant au maximum la dignité des défunts. Les recherches se déroulent comme nous l'avons souhaité. Nous avons eu une grande émotion lorsqu'un des membres de l'équipe, qui prélevait le dernier échantillon dans le dernier des cercueils, est tombé sur un morceau de journal qui comportait une date, 1917, ce qui tend encore plus à prouver que nous sommes bien en présence des mineurs.» L'équipe peut désormais entamer la deuxième phase des travaux, soit l'analyse des tissus, opération qui prendra plusieurs mois. Dans l'immédiat, signe qu'ils ne sont pas tout à fait satisfaits de leurs découvertes, les scientifiques ont décidé d'explorer davantage les profondeurs du cimetière pour localiser d'autres dépouilles, celles-là congelées en permanence.