L’enveloppe a dû arriver ces jours. Son contenu, sans surprise: la question avait déjà été réglée en avril. Dispensés d’examens de maturité, des milliers d’élèves de la volée 2020 ont tout de même reçu le précieux papier. «Un diplôme au rabais», a-t-on entendu. Un cycle privé de point final, ai-je plutôt songé. Pas de bachotage intensif, de réveils fébriles, de soulagement après avoir tiré Beckett ou Beaumarchais et, surtout, pas de cérémonie de diplôme ni d’euphorie collective. Pour clore quatre ans de vie, le «hasta la vista» manquera sacrément de panache.

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Et puis, je me suis remémoré ma propre fête de matu. Un après-midi caniculaire, la ronde interminable des mains serrées (mais qui sont ces pingouins en costume, au juste?), les canapés en gelée (concept à bannir), les regards courroucés lancés à ce prof de math qui m’avait mis 3,5 à l’oral (pas sûre qu’il ait capté le message). Un bon souvenir, immortalisé en robe fleurie, mais bien loin des images romancées des films.

Montage sélectif

C’est que le mythe, très américain, veut que ce moment soit magique et ces années, forcément les «plus belles de notre vie». Régulièrement, on nous vend les études comme l’apothéose, le panthéon de l’existence – profite, le reste du film ne sera qu’une pâle copie! Une idée intégrée au point que, au moment de quitter l’université, on aurait envie de se rouler en boule pour faire son deuil. Ou trouver illico le bouton «replay».

Si ceux qui vous ont dépeint ce tableau idyllique en sont persuadés, c’est que la mémoire reste un montage… sélectif. C’est vrai, cette période est formidablement riche. On aime repenser, en vieille âme de 25 ans, aux rencontres, aux enseignements, aux changements. Et aux fêtes, soyons honnêtes. Un peu moins aux doutes, aux pressions et suppressions, aux crises existentielles et crises de nerfs. Qui ne s’est jamais demandé, perdu dans un «amphi» de 500 places, ce qu’il faisait là? Si je mesure la chance de m’être assise sur ces bancs pendant près de dix ans, je ne souhaiterais pas les retrouver comme j’avais pu l’imaginer.

Et pourquoi segmenter la vie, la mesurer avant même de l’avoir traversée? Aujourd’hui, je l’imagine davantage comme une continuité. Car l’apprentissage ne se cantonne pas aux portes de l’école, ni la fête aux seules soirées étudiantes. Toutes les périodes ont leur lot de premières fois (je découvre actuellement les joies de cuisiner autre chose que des pâtes, et celles d’être moi-même) et la magie dans tout ça, c’est qu’on évolue avec elles. Il m’arrive, c’est vrai, de regarder par-dessus mon épaule. Mais avec nostalgie, pas avec regrets.

Que vous terminiez le gymnase, le collège, l’université ou n’importe quelle étape de jeunesse, n’en soyez pas désolé. Vous n’avez rien fini, vous commencez à peine. Et trouverez bien une manière de célébrer ces souvenirs que vous emportez, même sans canapés en gelée.


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Mariage pour tous et PMA: ma sortie de placard